100 bougies sur le gâteau d'anniversaire

Le village frontalier de Berviller-en-Moselle
a fêté solennellement le 100e anniversaire
de son doyen, M. Nicolas Haas

("Le Courrier de Metz" du 5 décembre 1957)

BERVILLER-EN-MOSELLE : "Un" jour de fête...
et 100 ans d'histoire du village

Papa Haas au virage de la centaine en présence
de nombreuses personnalités... et de toute la
population

("France Journal" 5 décembre 1957)

Les textes suivants sont traduits du journal Le Courrier de Metz du jeudi 5 décembre 1957 (en langue allemande).

De nombreuses personnalités, parmi lesquelles le sous-préfet de Boulay et les maires des communes environnantes, ont assisté hier au solennel anniversaire.

Le village frontalier de Berviller-en-Moselle d'à peine 360 habitants, situé à une 15aine de km de Bouzonville, a fêté hier après-midi, de façon impressionnante, l'anniversaire de son doyen, M. Nicolas Haas qui a franchit le seuil de la centième année. Le charmant village resplendissait parmi les drapeaux, lorsque vers 14 heures M. Guersing, maire, et son adjoint Hoen accueillaient les personnalités des environs devant la mairie.

Déjà longtemps avant la date fixée régnait une intense activité autour de la mairie. Jeunes et vieux se démenaient pour orner les alentours. Parmi les nombreuses personnalités on remarquait MM. Nester, sous-préfet de Boulay ; Félix Mayer, conseiller général et maire de Creutzwald ; Boutter, maire de Dalem ; Norbert Noël, maire de Bouzonville ; Abbé Valentin, archiprêtre de Bouzonville ; Abbé Brunagel, curé de Berviller ; Figenwald, maire de Villing, avec son adjoint, M. Schramm ; M. Michel Lorrain, adjoint de Colmen, parent du jubilaire ; Philippe Tiphine, notaire à Bouzonville ; Berg, percepteur à Creutzwald ; Chlémaire, ingénieur des ponts et chaussées ; Dr Barbian, médecin des houillères à Falck ; Justin Engler, maire de Rémering. Une douzaine de jeunes filles, vêtues de la traditionnelle tenue lorraine, accueillent les personnalités avec un mot de bienvenue et un petit bouquet d'œillets. L'instituteur Jean-Pierre Ehl était présent avec l'ensemble de ses élèves.

Peu après 14 heures, le cortège officiel s'ébranle d'un pas énergique derrière la musique de la société des mineurs et ouvriers Sainte Barbe de Falck sous la direction de M. Reinwarth, vers le domicile du héros de la fête. Près de la maison ornée de deux sapins et de guirlandes, le jubilaire, M. Nicolas Haas a été cordialement salué par les nombreux invités. M. le maire, Jean Pierre Guersing a offert, au nom de la commune, un fauteuil au jubilaire et l'harmonie de Falck a joué en son honneur, un air "de sa jeunesse".

M. Nicolas Haas a pris place ensuite dans une "Frégate" décorée et le cortège s'est mis en route, à travers le village, vers le café Hamann. Les jeunes filles en costume lorrain escortent, de part et d'autre, la voiture officielle. La parenté du jubilaire, parmi laquelle les Haas, Lorrain et Reslinger de toute la région s'était joint à la fête.

La salle du café Hamann était trop petite pour contenir tous les participants à la fête. Une grande pièce montée à plusieurs étages avec 100 bougies, d'innombrables tartes et d'autres friandises ainsi que du vin d'Alsace pétillant étaient servis ici, en l'honneur du centenaire.

M. Guersing, maire a ouvert la ronde des discours pour féliciter le doyen au nom de tous les habitants de la commune et pour lui souhaiter chance et bonheur. Après lui, le conseiller général Félix Mayer prit la parole. Dans un affectueux discours parsemé d'humour, il décrit la vie laborieuse du jubilaire qui était né, comme il disait, peu après la guerre de Crimée, qui avait connu la guerre de 1870 et avait eu la chance de vivre la longue période de l'âge d'or où le litre de bière coûtait encore un sou. Il a eu le grand malheur de perdre son fils cadet, tombé pendant la première guerre mondiale en 1918. Pendant la deuxième guerre mondiale, il a du quitter, avec ses concitoyens, son village natal pour chercher provisoirement refuge dans la Vienne. Grande a été sa joie, lorsqu'en 1945, les cloches de la paix ont carillonné à nouveau et qu'il a pu retourner dans son village avec sa famille. "Au temps de votre jeunesse, on marchait encore à pied", continua en blaguant M. Mayer, "vous avez vu apparaître, l'un après l'autre, les vélos, les motos et les autos. Je vous souhaite de tout cœur, d'être encore de ce monde lorsqu'on ira sur la lune même si vous n'avez plus envie d'y aller vous même."
Le maire de Creutzwald rappela alors le dur métier de tailleur de pierres du jubilaire qui a préparé les pierres de plus de 20 grandes maisons d'habitation et participé ainsi à la construction de Creutzwald en quoi il le remerciait chaleureusement. Pour finir, il lui souhaita encore beaucoup de bonheur et de paix au sein de sa famille et de ses braves concitoyens.

Le sous-préfet Nester exprima sa satisfaction de pouvoir assister à la fête d'un centenaire, ce qu'il considérait comme un évènement extrêmement rare. Il l'assura de sa haute estime et souhaita qu'il lui soit encore accordé pendant de longues années de rester la fierté de son paisible village et lui donna finalement rendez-vous à l'année prochaine.

L'instituteur Ehl présenta, lui aussi, ses meilleurs vœux au jubilaire et résuma sa longue vie qu'il compara à un petit livre d'histoire. Avec une grande satisfaction, il souligna sa bonne santé et son excellente mémoire. Aussi était-ce toujours, pour ses concitoyens, une grande joie de pouvoir évoquer avec lui "le bon vieux temps". "Alors que vous aviez douze ans", continua le maître d'école, "vous avez vu les deux derniers loups qui écumaient la région. Si vous les aviez attrapés, on vous aurait remis une récompense de 12 F par loup suivant une circulaire préfectorale, une somme importante pour ce temps-là." Il réveilla également les longues soirées d'hiver pendant lesquelles des mains laborieuses s'affairaient au rouet et au métier à tisser et rappela le temps de ces draps inaltérables qu'il aidait à étaler et à blanchir, en été, sur les prés de la "Duchblaich"

Papa Haas n'eut pas besoin de partir à la guerre car il était encore trop jeune en 1870 et trop vieux en 1914. L'instituteur rappela lui aussi le souvenir du fils perdu au cours de la première guerre mondiale et les difficiles périodes de 1939, où, comme octogénaire, il du être évacué vers Saint-Rémy (Vienne). En définitif, il formula le souhait, qu'après avoir battu le record de vieillesse de la région, il batte également celui de France.

Cinq écoliers : Jacqueline Théobald, Marie-Jeanne Guersing, Hubert Gehl, Erique Wilhelm et Josiane Waigel récitèrent alors, à tour de rôle, les strophes d'une charmante poésie par laquelle ils congratulaient chaleureusement le jubilaire au nom de leurs camarades et de la jeunesse du village et lui souhaitaient pour ses cent ans, une dizaine d'années de bonheur, vœux qu'ils renforcèrent encore par la chanson "Joyeux anniversaire".

En dernier, c'est un neveu du jubilaire qui s'adresse, en vers, à son oncle "qui porte la trace de la bénédiction divine" pour lui souhaiter que "le Seigneur le protège au cours de l'année qui s'ouvre à lui".

Durant cette belle fête qui n'aurait pu se dérouler plus chaleureusement, la musique de la société des mineurs de Falck a interprété des airs gais et plein d'entrain. Lorsqu'arriva le moment solennel de découper l'immense gâteau d'anniversaire, le jubilaire ( il a 15 de tension comme un jeune homme) se montra très adroit.

Les enfants du village ne sont pas repartis les mains vides car chacun a reçu du gâteau et du chocolat. On est resté encore bien longtemps ensemble à boire à la santé du doyen. Le patron du café a voulu participer à la fête en offrant un fût de bière en l'honneur de Papa Haas.

Monsieur Nicolas HAAS est décédé dans sa 104ième année