LA PAGE DE GASTON THIEL


Gaston s'est installé à Madagascar et nous raconte, avec beaucoup de talent, ses avatars dans ce pays. Vous trouverez également sur son site de nombreuses et intéressantes photos. Il suffit de cliquer sur le lien pour lui rendre visite :                                                                     http://madagaston.wix.com/madagascar-aventures


Combien vaut le vote d’un prof ? (Message du 10 mai 2016)


Une prime de 800 balles… Voilà ce que vaut le vote d’un professeur des écoles ou autrement dit « instituteur » en ancien français.

D’ailleurs, cela me fait beaucoup rigoler leur histoire de prof des écoles. Ayant eu l’outrecuidance un jour de dire à la directrice de l’école de mes enfants « les instits »… celle-ci m’a repris vertement en me disant que l’on devait dire « professeur des écoles », me reprochant mon manque cruel de considération. Sauf que ma grand-mère… instit, et pour moi un grand modèle, était plus que largement considérée à son époque.

L’instit c’était quelque chose, au même titre que Monsieur le maire ou le médecin du coin.

Il faut donc remarquer que plus on donne des titres ronflants, plus les gens qui les portent sont en réalité déconsidérés de tous et c’est évidemment le cas des professeurs des écoles qui ne sont dans l’esprit des gens que la bien pâle moitié des instits d’antan, n’en déplaise à tous les imbéciles qui se satisfont de ce politiquement correct euthanasiant pour la pensée.

Donc les profs des écoles sont pris pour des cons, et en plus des cons pas cher puisque 800 euros sont suffisants dans l’esprit du gouvernement pour acheter un vote. Dont acte. Prenez l’argent et ne votez pas Hollande… hahahahaha !

Couleurs de 1er mai sous les tropiques (Message du 1 mai 2016)

Brrrr.... C'est l'hiver sous les tropiques avec des températures de +20°.... Quand on s'habitue à des températures dépassant les + 30°, avec 10 degrés de moins, on le ressent et les indigènes sortent leurs couettes pour la nuit et la journée ils mettent leur bonnets.
Pour les fleurs, pas de problèmes, elles sont au rendez-vous été comme hiver et elle parent la nature de leurs couleurs.
J'ai fais le tour de ma propriété et j'ai réussi à faire quelques images qui donnent une idée de ce que la nature nous offre en ce joli mois de mai.
Bien sûr on n'a pas de muguet ici, pas de pissenlits, pas de coquelicots ni de pâquerettes mais on se contente de ce qui charme nos sens sous des cieux plus cléments qu'en France.
J'espère que ces quelques images vous apporteront un peu de chaleur car je crois que vous n'êtes pas gâté de ce côté là en ce moment.

Ces héros oubliés de Berviller (Message du 13 avril 2016)

Dès les premières lueurs de l’aube quand les coqs se perchaient tout en haut des fumiers, eux les héros s’arrachaient de leur sommeil et avant de boire un bon bol de café chaud, ils allaient dans la fraîcheur matinale chercher du bois dans la remise afin d’allumer le feu dans la cuisinière qui se trouvait généralement dans la pièce commune.
A cette époque il n’y avait ni gaz ni électricité ou autre commodité qu’on connait de nos jours et il fallait se débrouiller avec ce que la nature mettait à disposition. Bien entendu dans les forêts environnantes il y avait du bois tant qu’on était capable d’en rentrer pour les mauvais jours. En plus à Berviller ils étaient privilégiés car il y avait également les mines de charbons à moins de 10 km pour ceux qui soit travaillaient aux houillères ou ceux qui pouvaient en acheter.
Avant que le soleil soit haut dans le ciel et dès que les bêtes ont eu leur ration de nourriture matinale, les Peter, les Ich, les Oeilgen, les Adolphe, les Chang et bien d’autres dont les appellations ont disparu des mémoires se hâtaient d’aller couper le Grumet (regain) avant la pluie et en été quand c’était la saison pour couper les céréales : Blé, orge, seigle et avoine, il fallait également partir le plus tôt possible pour être dans les normes pour couper un « Morjen » qui équivalait à la surface qu’on était en mesure de couper avant que le soleil ne tape trop fort sur la tête. En hiver on coupait du bois, on fumait les champs avant de labourer.
Les fumiers qui se trouvaient généralement devant la travée qui abritait le bétail servaient également de graphique pour juger de la richesse d’un ménage. En effet, plus haut était le tas de fumier, plus on possédait de bêtes. La richesse d’une famille dépendait du nombre d’animaux qu’on était en mesure de nourrir
Dans ce temps là, on ne parlait pas de quotas et la terre était nourrie avec amour en épandant un fumier naturel qui alimentait les micro-organismes qui se trouvaient dans le sol et les lombrics et autres vers de terre qui enrichissaient naturellement celle-ci et qui étaient très nombreux dans les champs labourés ont disparus car aujourd’hui la terre est morte. Les engrais, herbicides, pesticides, fongicides nitrates et autres poisons ont eu raison de la terre et on ne trouve plus de vers de terre dans les champs labourés car la chimie a pris le dessus et si nous nous empoisonnons à petit feu, la chimie (toujours elle) est là aussi pour nous donner des médicaments qui affaiblissent notre organisme.
Mais revenons à cette époque où il y avait encore de nombreux lièvres, lapins de garenne, faisans, perdreaux et tant d’animaux sauvages presque disparus car eux aussi ont succombés pour la plupart de nos jours. C’était vers la fin de la dernière guerre à Berviller, soit en automne 1944. Certains cultivateurs et autres ouvriers travaillaient sur le ban de la commune et il leur fallait un « Ausweiss » (permis de circuler). Ce permis était obligatoirement associé à une pièce d’identité et il fallait toujours l’avoir sur soi. Ce document était délivré par le parti allemand du travail et comportait un cachet de la croix gammée surmontée d’un aigle. Moins de six mois plus tard, soit le 10 mars 1945 il fallu se munir d’une autorisation pour cultivateurs et autres travailleurs de Berviller. Mais cette fois, cette autorisation n’était valable que pour un périmètre de 3 km autour du village pour une durée limitée de deux mois. Elle était délivrée par les autorités américaines et interdisait tout attelage et voitures sur les routes réservées au trafic militaire.
Heureusement, cette triste période de surveillance accrue se termina avec la fin de cette horrible guerre et Berviller comme d’autres communes retrouva peu à peu sa sérénité.
Je n’oublierai jamais ce délicieux jambon et ces saucisses fumées au bois de hêtre dont seuls ces gens de la terre avaient le secret dans cette période bénie d’après guerre. Et que dire de ce lait crémeux encore tiède qui venait d’être tiré du pis de la vache et qu’on allait chercher chaque soir chez les éleveurs, cultivateurs, mais surtout gentlemens farmers qui sous leurs aspects parfois rudes avaient un cœur d’or et si leurs mains étaient souvent maculés de terre, n’oublions pas que ces « Baoua » nous ont offert une vie saine et méritent qu’on les élève sur un piédestal car par leur travail ils produisaient des trésors.

Lettre d'un revenant  (Message du 19 mars 2016)

Chers amis, Pardonnez-moi de vous avoir noyé ce soir sous un déluge de messages, mais ce n’est qu’une faible partie des messages qui m’attendaient dans ma messagerie après une semaine d’absence dont je viens de revenir de trépas à vie grâce à une gentille doctoresse d’un CHU à 260 km de chez moi où on m’a transporté à moitié dans le coma.
En effet, après un affaiblissement inhabituel qui m’a fait perdre pas moins de 5,7 kg en deux jours, j’ai eu conscience que je ne devais plus traîner mes guêtres plus longtemps à me … reposer et qu’il valait mieux agir tant qu’il me restait un peu de conscience.
A présent tout va bien et après cinq transfusions d’un bon demi- litre chacune et une demi-douzaine de piqûres, me voilà de nouveau sur les jambes. Ce n’est pas encore ce coup ci que ce vilain Spasmodium falciparum (paludisme) aura ma peau.
Mais je peux vous garantir que j’ai dégusté et que j’étais comme une loque pendant plusieurs jours à mouiller les draps par la transpiration et à me tourner et retourner pendants des nuits et des jours avant même que je puisse me tenir debout par mes propres moyens.
Le lit d’hôpital étant horriblement cher ( 1875 Ar/jour) soit environs 0,54€, j’ai poussé le bouchon jusqu’à m’offrir une chambre à l’hôtel Royal proche d’une centaine de mètres du CHU avec un infirmier détaché pour ma pomme car tant qu’on y est, autant se lâcher pour de bon pour les prix astronomiques qui se pratiquent ici. J’ai tout de même envoyé en gage de remerciement à la gentille doctoresse «chef d’orchestre » quelques doux billets de 3 €, soit les billets les plus importants dans le pays. N’allez pas boire un verre au bistro du coin avec un tel billet car ils iront faire la moitié du tour du quartier pour trouver la monnaie à vous rendre… Bien entendu l’infirmier s’est confondu en remerciements avec quelques beaux billets pour lui personnellement aussi.
Tout va bien de nouveau dans le meilleur des mondes et cette cure forcée d’amaigrissement n’a pas réellement été pour me déplaire car j’avais besoin d’une bonne diète. Peut-être ai-je découvert le meilleur moyen de maigrir ?

Un ange à Berviller (Message du 18 janvier 2016)

Quand on est l’ainée d’une fratrie et quand sa mère doit faire face à l’organisation quotidienne du ménage avec un garnement qui court partout dans la maison et avec un second bébé dans les bras que faire ?
Une aide serait la bienvenue et justement ma mère trouva une aide précieuse en la personne d’une jeune fille ravissante et toujours souriante qui habitait chez ses parents à deux maisons de là.
Je fus donc confié à cette jeune fille qui s’avéra être un véritable ange gardien pour moi. Je ne me souviens que de très peu de choses de cette époque, par contre une chose est restée gravée dans ma mémoire, c’est la façon subtile qu’elle trouva pour me sensibiliser au dessin.
En effet avec deux points un trait vertical, un trait horizontal et un cercle parfait entourant ces signes elle m’apprit à dessiner la face de la lune. Bien entendu mes premiers essais ont été quelque peu hésitants, puis peu à peu ma technique s’améliora et elle me fit aimer le dessin et certainement aussi bien d’autres choses dont je ne me souviens plus car j’étais bien jeune à cette époque où je portais encore des barboteuses.
Un jour, des dizaines d’années plus tard, alors que j’étais assis à une table avec d’autres personnes lors d’une fête de fin d’année, elle confia à tous ceux qui étaient assis à cette table que je comptais beaucoup pour elle quand j’étais petit et qu’elle aurait donné sa vie pour me défendre d’un danger.
C’est ce jour là que j’ai compris qu’on pouvait compter beaucoup pour une autre personne.
Par ces simples mots elle m’avait fait le plus beau cadeau de ma vie, et peut-être lui dois-je également, maintenant que je suis au crépuscule de ma vie une protection virtuelle qu’elle a exercée sur moi durant toute ma vie ? Elle s’appelle Elsie.

Mangé ou être mangé/Mes hôtes permanents, (Message du 14 janvier)

S’il est rare de croiser le chemin d’un serpent en Moselle-Est, ici sous les tropiques il est rare de ne pas rencontrer ces hôtes, même sans sortir de chez soi.
La nature étant bien faite, on peut observer également tous les jours des dizaines de geckos, parfois d’une belle couleur fluo et d’autres fois des geckos imitant parfaitement le support sur lequel ils se trouvent en s’appliquant un mimétisme parfait.
Ainsi il m’est arrivé d’assister à la capture d’un insecte par un gecko en étant tranquillement assis sur une chaise et en contemplant cette scène comme si je la voyais à la télé dans un documentaire.
D’autres fois, des serpents sont installés confortablement dans un coin de la salle de bain ou de la cuisine. Il m’est même arrivé de photographier un serpent qui avait capturé un lézard et qui l’avalait tout cru devant mes yeux après l’avoir asphyxié sous ses anneaux.
J’ai essayé avec succès un jour d’apprivoiser un gecko fluo. Alors que j’étais en train de déguster une banane assis à mon bureau, un gecko s’est aventuré non loin de ma main qui tenait le fruit. J’ai donc eu l’idée d’en détacher un petit bout et précautionneusement de le lui présenter. Avec d’infiniment d’hésitations il s’est avancé jusqu’au morceau de fruit et s’est mis à le lécher. Comme je savais que ces animaux se nourrissaient d’insectes, j’ai attrapé quelques mouches et petit à petit le gecko est venu happer les mouches que je lui présentais entre mes doigts. Au bout de quelques jours, ayant pris l’habitude de venir se nourrir de fruits et d’insectes que je mettais à sa disposition, j’ai fini par l’apprivoiser et il est venu jusque sur ma main pour se nourrir des fruits que je lui présentais.
Il faut savoir qu’à Madagascar les deux seuls animaux à craindre sont en premier au lever du soleil et au crépuscule les moustiques femelles du genre Aedes qui véhiculent le paludisme et bien entendu les crocodiles qu’on n’a plus guère le loisir de voir en liberté car les malgaches ont inversé le cycle de la nature et au lieu de se faire manger ils les attrapaient pour les manger. J’ai essayé un jour d’en manger au restaurant d’une ferme de crocodile et je dois avouer que cela ne vaut pas une bonne cuisse de poulet grillé. En effet l’arrière goût de vase n’est pas tellement approprié pour agrémenter la saveur d’une viande si grasse soit-elle.
Il y a également de grands boas qui peuvent mesurer jusqu’à deux mètres de long « comestibles »selon certains malgaches. Pour ma part, si j’en ai vu assez fréquemment à proximité de ma maison, il ne me serait jamais venu à l’idée d’en manger. Ces serpents inoffensifs pour l’homme sont très utiles du fait qu’ils chassent les rongeurs.
Ainsi je peux à mon aise toute l’année être en contact avec la nature qu’elle soit faunistique ou floristique sans allumer ma télé car je possède ainsi toutes les chaînes animalières en direct.

Hommage à un artiste

Il était une fois un personnage à Berviller qui avait tant d’imagination qu’il a voulu personnifier celle-ci. Comme il employait le plus clair de son temps libre à se balader par champs et forêts du ban, son imagination fertile ne manquait jamais de lui représenter dans la forme d’une branche ou autre matière végétale que croisait son regard une vague ressemblance avec un faune, un diablotin, ou autre figure mythique et il n’en fallait pas plus pour ramasser sa trouvaille comme s’il s’agissait d’un trésor et la fourrer dans un sac de patate vide qu’il n’omettait jamais d’emporter avec lui.

Pour donner consistance à son imagination, il portait un grand souci à ce que ses trouvailles aient un air plus réel pour le commun des mortels qui n’aurait pas l’esprit poétique et surtout qui auraient moins d’imagination que lui. Parfois, quand il avait pris soin de personnifier ses trouvailles à son gré, il y joignait une touche de poésie ou une prose qui aide encore mieux à restituer ses êtres mythiques qui avaient pris corps dans son esprit. Parfois c’était des êtres comiques, parfois tristes ou même qui pouvaient décrire une idée lubrique.

Ce personnage qui a enseigné à des centaines de jeunes du village ses principes de morale, de justice et qui a été capable souvent avec humour de transmettre son immense savoir à la population du village était un être peu ordinaire et tout le monde lui portait son estime et il a tant donné qu’il serait juste de lui faire sa place au centre du village en lui consacrant une vitrine qui reflèterait des moments qui l’ont passionné dans sa vie. Car j’ai visité à plusieurs reprises son musée dans lequel étaient juxtaposées ses créations.

Il s’agit bien entendu de notre ancien instituteur que certains nommaient avec beaucoup de respect Victo Champé, ses élèves l’appelaient Monsieur Ehl et chaque élève était capable d’imiter sa signature. Son nom était Jean Pierre Ehl et il restera gravé en notre souvenir tant que nous vivrons.


(Photo prise lors d'une soirée organisée par Gaston près de son moulin, il y a plus de 30 ans.)


Les fruits de saison sous les tropiques (Message du 15 décembre 2015)

En cette fin d’année alors qu’il est entré de plein pied dans sa quatrième année sous les tropiques, le p’tit Schtroumpf a décidé d’offrir la vue de cette corbeille de fruits de saison dont il se gave à volonté.

En effet la saison des litchis bat son plein et ici on se goinfre de ces fruits qui sous une carapace rouge et rugueuse offrent une chair blanche molle et juteuse à souhaits. Selon les médias les premiers fruits sont arrivés en France… mais à quel prix ?

Si dans ma jeunesse, je me hasardais à grimper aux arbres au temps des cerises et que je n’en descendais pas avant d’avoir le ventre rebondit par ces fruits délicieux, ici je n’ai plus besoin de faire des acrobaties au risque d’y laisser ma vie pour cueillir les litchis car ils sont vendus en tas au marché local et le long de la piste pour la modique somme de 0,11€ le kilo.

Bien entendu on trouve également ces fruits sur les étals des supermarchés français au rayon fruits et légumes mais si on sait que souvent les litchis sont traités à l’anhydride sulfureux afin qu’ils supportent le voyage en bateau, cela ne donne pas vraiment envie d’en manger en France. Bien entendu si vous voyez des litchis qui sont vendus à plus de 15 € le kilo, vous aurez des litchis non traités et acheminés par avion.

Bien entendu ce ne sont pas les seuls fruits en cette fin d’année qu’on trouve sur les étals des marchés locaux. Il y a aussi des ananas, des bananes, des noix de coco, des gaves, des «vosendiren» qui ressemblent un peu à des grappes de raisins mais un peu plus acidulé puis aussi des grenadelles (fruits de la passion), et bien d’autres fruits, parfois totalement inconnus en France. En ce qui concerne les baies roses, c’est ma deuxième production de l’année. En effet certains arbres fruitiers produisent soit toute l’année comme les noix de coco par exemple et d’autres fruits ont une production deux fois par an comme les ananas pour ne citer que ces deux là. Ici il n’y a pas vraiment de saisons bien distinctes comme en France.

En ce qui concerne les températures, je peux dire que mon corps a résisté à des différences de températures de plus de 50° sans dommages apparents… du moins je l’espère. En effet si j’ai connu à Berviller des températures de -20°, ici j’ai résisté à des températures supérieures à +30°. Et si de nombreux arbres fruitiers supportent le climat de l’Est mosellan, la totalité des arbres des tropiques ne résisteraient pas même à une gelée nocturne.

Mais avec le réchauffement climatique, avec un peu de patience il sera certainement possible de produire des fruits exotiques même dans l’Est mosellan…
Gaston

Les "Blechkrompern" de Jeanne (Message du 2 octobre 2015)

Du temps où je dépendais encore de la nourriture de la Jeanne du Vingerstberg à Berviller, j’adorais manger les blechkrompern qu’elle faisait rôtir dans le four de sa cuisinière à charbon qui surchauffait la cuisine. Ces pommes de terre qu’elle récoltait dans le Languengrond non loin de la rivière Weissbach s’apprêtaient très bien pour cette recette.
Donc après les avoir soigneusement épluchées, lavées, coupées et séchées dans un torchon, la Jeanne prenait des plateaux circulaires en tôle avec les bords ondulés qui servaient habituellement à faire de délicieuses tartes aux pommes ou aux quetsches.
Elle beurrait le fond de ses plats puis y disposait des rondelles de pommes de terre avec des lardons et bien entendu des morceaux d’ail et d’oignons avant de les enfourner. C’était un délice de manger ces rondelles de pommes de terre rôties et légèrement brunies à la chaleur du four.
Malheureusement, ici au bout du monde, les pommes de terre n’ont plus la même saveur et il me faut donc les accommoder tant bien que mal en remplaçant les lardons par des camarons qui sont de grosses crevettes malgaches roses, pêchées le jour même dans l’océan Indien.. et pour donner encore un peu plus de saveur à ce plat, comme je ne regarde pas à la dépense, j’ai demandé à ce qu’on recouvre le tout abondamment de gruyère râpé et de fines herbes que j’achète une fois par mois quand je vais au supermarché dont le plus proche se trouve à 260 km ce qui représente environs quatre heures de voiture car la route est parsemée dans certains secteurs de nids d’autruches qui obligent les automobiliste à rouler sur les bas-côtés de la route. Heureusement que mon gros 4X4 n’est pas douillet et qu’il a été conçu spécialement pour rouler sur des pistes les plus dégradées sous les tropiques.
Evidemment comme le vin malgache n’est pas meilleur que celui qui était fabriqué chez les "trous à vinaigre" de Berviller, je préfère accompagner ces blechgrompern de la bière locale THB (Tree horse beer) « avec modération s’entend ».

L’époque glorieuse du « Peiff-éach-männchin » (Message du 20mars 2015)


C’était l’époque où petit bambin en culottes courtes, je forgeais ce qui allait devenir mes premiers souvenirs dans la vie. Je ne serai pas en mesure de dire au jour d’aujourd’hui quel âge je pouvais avoir, mais en tout cas, ces souvenirs là, je ne les emporterai pas quand le jour sera venu où je mangerai les légumes par la racine car j’ai bien l’intention de les partager avec vous avant cela.

A cette époque, mon père partait comme tous les jours à son travail et j’attendais avec impatience le soir son retour à la maison. Bien évidement les fins de mois ne se présentaient qu’une fois par mois et quand enfin arrivait ce jour que je n’étais pas encore en mesure de prévoir, il recevait l'argent de sa paye en ce temps là dans une enveloppe car on avait de l'éducation et du savoir-vivre à l'époque et c’était l’occasion pour lui d’offrir un cadeau à son chenapan de fils.

Ma mère qui trouvait là une occasion en or de faire un petit chantage m’assurait que si j’étais sage, mon père me ramènerait un cadeau-surprise.
Ce n’est pas tant le cadeau en lui-même qui était exceptionnel mais le nom du cadeau qui me faisait rire aux larmes car il s’agissait d’un bonbon siffleur. Ce bonbon ressemblait à un petit bonhomme avec un sifflet dans l’arrière train. Et quand mon père avec son accent du village d’à côté prononçait ce nom de Peiff-éach-männchin, cela faisait rire aux éclats ma mère et pour ma part, je devais me retenir pour ne pas pisser dans ma culotte tant cette appellation était hilarante.

Malheureusement ce bonbon ne devait pas avoir beaucoup de succès auprès de la clientèle de l'époque car mon père ne m’apporta plus de Peiff-éach-männchin.
Il me disait qu’il n’y en avait plus. Mais réflexion faite, c'était peut-être aussi parce que je devenais moins sage ?

L'électricité à Madagascar (Message du 16 mars 2015)

J'ai personnellement investi ici à Madagascar dans une éolienne et j'attends toujours le premier Kw/h car lorsqu'il y a du vent, ce vent ne venant pas constamment de la même direction bloque à chaque fois les pâles avant de s'orienter dans la nouvelle direction du vent. 
Bien entendu quand on habite dans une région très venteuse on peut toujours installer une éolienne hélicoïdale en fibre de verre mais les roulements et autres mécanismes résisteront combien de temps? Mon éolienne de 400W est en train de pourrir au grenier. (perte sèche de 1000€).
Par contre mes quatorze panneaux solaires m'apportent assez d'électricité pour alimenter la télé, l'éclairage, l'ordinateur et d'autres appareils à faible consommation. 
Quant au frigo, chauffe-eau, machine à laver et autres machine à café ou micro-ondes, je suis obligé d'allumer le groupe électrogène de 2500 watts lors des fréquentes coupures de courant de la régie d'électricité qui n'arrive plus à fournir que la moitié de la capacité demandée par ses clients (donc au mieux, environs 12h  de courant réparti dans une journée). 
En sachant que les batteries qui stockent l'énergie solaire sont à changer tous les 5 ans ( donc 6 batteries de 200 Ah à raison de 300€ pièce, soit une dépense de 360€ par an de batterie + 800€ de factures de la régie d'électricité par an + 500€ de gasoil pour le groupe électrogène soit 1660€ par an de dépenses en énergie, ce qui donne environs 138€ par mois).
En France je ne dépensais pas la moitié de cette somme en consommation électrique mais il y a dix ans de cela...et il est vrai que je ne dépense pas un seul € en chauffage ici alors qu'en France des milliers d'€ s'envolaient par la cheminée.
En conclusion, que vous soyez en France ou à Madagascar, à moins de vouloir vivre comme nos ancêtres en s'éclairant avec une bougie, et en faisant flèche de tout bois (qui avec le progrès s'est transformé en feu de tout bois), il ne faut pas de nos jours posséder un porte-feuille-hérisson .

L'eusses-tu-cru ? (message du16 mars 2015)

C'était la belle époque où nous étions gamins, chacun avait son vélo et papa sa mobylette Motobécane ou Peugeot.
Maman lavait le linge plus blanc que blanc avec Persil, mais nous préférions les paquets Bonux dans lesquels de petits jouets nous faisaient rêver en attendant de fouiner dans la poudre à laver afin d'y attraper ce trésor en plastique.
Le matin en nous levant, c'était la tasse de Banania qui nous permettait d’ânonner "Y a bon Banania" en admirant le dessin d'un tirailleur sénégalais coiffé d'un fez rouge souriant de toutes ses dents blanches sur la boîte métallique qui trônait au milieu de la table.
Parfois, c'était l’événement quand passait devant la maison une 4 CV Renault.
Plus tard on pouvait voir une Simca Aronde, une Simca Versailles et bien avant, la fameuse Renault Traction avant qui faisait l'admiration de tous les d'jeunes du village de l'époque.
.Puis arrivèrent les fameuses Dauphines de chez Renaud avant d'être remplacées elles-mêmes par des Simca 1000 puis par les mythiques R8 et R10.
Ceci sont des souvenirs d'un passé lointain dont la plupart des habitants du village ne peuvent pas se souvenir car ils n'étaient pas nés.
C'était l'époque où apparurent les premiers tracteurs Pony du village. Ce tracteur qui se cabrait lorsqu'une charge trop lourde y était arrimée
et qui fut lui-même bientôt remplacé par le fameux Mc Cormick Utility, plus puissant et plus ramassé.
Les modes se succédèrent avec des périodes parfois très courtes comme celle des fameuses Flandria dont chaque jeune de famille un peu aisée possédait une version.
Bien entendu vers dix huit ans les "grands" s'achetaient des motos Peugeot qui montaient la côte du wingersberg à la vitesse de la lumière...ou presque.
C'est bien révolu cette époque qui ne nous rajeunit pas mais en consultant des archives, ces souvenirs remontent à l'esprit comme de vieux clichés jaunis par le temps.

Le p’tit Schroumpf  (message du 4 septembre 2015)

Il a soixante quatre ans et demi de moins que son père, et il ne s’en plaint pas. Sa grand-mère du Vingartsberg : La Jeanne, si elle était encore en vie dirait de lui « Oh vatt en schéner béifchin » !
Il est né il y a un peu plus de trois ans dans une petite case sur la côte-Est de Madagascar, assisté par un infirmier éveillé en sursaut en pleine nuit.
Ce n’est pas pour cette raison que le p’tit Schtroumpf se porterait plus mal aujourd’hui et s’il hésite encore à envisager d’embrasser plus tard une profession intellectuelle ou manuelle, il s’entraine déjà à fond à étudier comment est fabriqué un ordinateur, même si ses méthodes paraissent un peu orthodoxes et qu’il préfère se servir du marteau plutôt que du tournevis pour le démontage des différentes pièces composant l’appareil en question.
De toute façon il est peu probable qu’il aille un jour dans une école quelconque car ici l’école n’est pas obligatoire et s’il est aussi peu attiré par les études que son père qui rêvait étant jeune au lieu de suivre assidûment les cours que s’évertuait à prodiguer les différents instituteurs et professeurs, inutile qu’il perde son temps à apprendre que ses ancêtres les gaulois vivaient en Gaule avant bien d’autres ancêtres venant d’ailleurs et qui se sont succédés en un endroit ou un autre de notre petite planète bleue.
Si le GAC* m’en laisse le temps , j’ apprendrai au p’tit Schtroumpf des choses essentielles qu’on n’apprend pas à l’école : le respect de soi et des autres, je lui apprendrai les milles et un secrets de la nature qui nous environne et que peu de personnes respectent car au nom d’une évolution qui va droit dans le mur on se croit permis de laisser derrière soi autre chose que la trace de ses pas et les efforts pour enseigner qu’être est bien plus important qu’avoir.
Ici, les gamins dès leur plus jeune âge savent déjà se servir d’un coupe-coupe et accompagnent tous les jours les adultes pour chercher du bois qui alimentera le traditionnel fatapaire (petit fourneau en tôle). Ceux qui vont à l’école apprendront à dire : « Bonjour Monsieur, Bonjour Madame » et je soupçonne fortement qu’on leur apprenne également la phrase qui tue : « Donne-moi l’argent » car j’ai entendu plus de cent fois cette unique phrase en français que sont pourtant capables de prononcer les gamins malgaches qui courent les rues des villes.
Par contre, le p’tit Schtroumpf est scotché une bonne partie de la journée devant la télé à regarder les dessins animés qui le fascinent. Je le laisse tranquille car moi-même j’ai appris à lire et à composer des phrases cohérentes grâce aux bandes dessinées que je dévorais à longueur d’années. Bien entendu à l’école j’étais plus près des derniers de la classe que des premiers, mais cela ne m’a pas empêché d’avoir eu une vie que je ne regrette nullement et d’avoir été autodidacte dans un bon nombre de matières qui m’ont passionné en leur temps sans besoin d’avoir recours à la trigonométrie ou encore aux problèmes à plusieurs inconnues pour connaître la hauteur d’un arbre avant de l’abattre.

Un arbre peu ordinaire (Message du 14 février 2015)

En jetant un regard par la fenêtre de ma chambre à coucher, je contemple l'arbre qui, s'il me cache la vue, me procure pourtant un plaisir très coloré.
C'est un arbre très proche du mimosa mais qui possède des fleurs en chatons d'un beau jaune d'or qui ferait pâlir de jalousie les faux acacias que nous possédons dans l'Est mosellan.
En effet cet arbre est un acacia proche du mimosa dont les fleurs mellifères attirent de nombreuses abeilles. Et curieusement ces fleurs fécondées se transforment en fruits tortillés qui ressemblent un peu à des oreilles d'où, son nom scientifique: Acacia auriculiformis.
Cet arbre étrange originaire d'Australie est très prolifique car non seulement ses graines germent un peu n'importe où, même sur des sols très pauvres mais encore il pousse avec une rapidité étonnante. J'ai constaté dans mon parc que certain sujets issus de graines peuvent pousser de près d'un mètre dès la première année.
Ce qui est intéressant, c'est que mes lapins mangent les feuilles de cet arbre qui n'en manque jamais car il perd ses feuilles peu à peu alors que de jeunes feuilles les remplacent durant toute l'année.
Je possède plusieurs spécimens de cette espèce sur mon terrain et je ne m'en plaindrait pas.
Ainsi j'ai de la nourriture assurée pour mon cheptel de lapin qui va bientôt dépasser la centaine de têtes. Les malgaches que je côtoie ne connaissent pas bien les lapins et l'élevage est de ce fait très restreint. Pourtant la nourriture pour les lapins ne manque pas car en plus des feuilles de cacahuètes qui poussent à profusion sous les tropiques, on peut nourrir les lapins avec des feuilles de bananiers, des feuilles de Jacquiers et des feuilles de nombreux autres arbres dont cet acacia.
Gaston

Courrier d’un expatrié français Aux mécontents (Message du 28 janvier 2015)

Pour part, je ne suis pas mécontent de ne pas être dans l’obligation de payer du chauffage pendant la moitié de l'année car je me suis construit un nid bien au chaud et si ce n'est pas chez "nous", c'est bien chez moi car je suis un terrien et non un nationaliste ou encore un martien. La terre appartient aux terriens et j'estime avec "ma" raison qu'on n'emporte rien quand on quitte cette planète et je suis d’accord avec celui qui dit que notre liberté s'arrête là où commence celle des autres qu'ils soient martiens, arabes ou chinois. Cela m'importe peu de savoir comment ils profitent des biens de cette terre.
Quelques très rares privilégiés dont je fais partie ont eu beaucoup de chance d'être né dans un des pays parmi les plus riches de ce monde plutôt que sur un dépôt d'ordure de Sao Paulo ou encore dans une case de la brousse africaine quand ce n'est pas dans les steppes de l'Asie centrale ou encore en Sibérie ou la vie est bien plus difficile. Ne perdons pas de vue que nous profitons injustement des richesses de notre planète :
Les 10 % des habitants de notre planète les plus riches possèdent 83 % de la richesse mondiale. La trentaine de pays les plus riches détiennent 60 % de cette même richesse. La France est le pays qui compte le plus de millionnaires… (Source : Wikipédia)
Tant que nous avons de l'eau au robinet et que nous avons de quoi manger, nous devons nous en contenter car là où j'habite actuellement, 92% de la population vit avec moins d'un Euro par jour. Ce qui veut dire qu'ils ne mangent jamais à leur faim avant leur fin.
Nous pensons que tout ce que nous avons acquis nous est de droit mais nos parents ont eux aussi cru cela avant qu'un sinistre moustachu d'un pays voisin ne les chasse en exil... Et si des étrangers, d'autres religions, d'autres continents, d'autres couleurs n'étaient venu à notre secours, nous serions peut-être pas là où nous en sommes aujourd'hui.
J’ai consulté jadis dans une autre vie où j’avais une soif de savoir ce qui c'est passé chez "nous" il y a moins de 400 ans, (selon un certain Don Calmet dont on peut trouver une rangée de près d’un mètre de bouquins à la médiathèque de Metz), J’ai compris que le monde peut être abject et vil ou d’une beauté infinie selon l’endroit, l’époque et les conditions qui nous ont été imposées, quand nous ne sommes pas influencés par des « jamais contents ».
Mais tout ceci et bien d’autres opinions divergentes n’engagent que ma petite personne et je ne demande à personne de me suivre dans ce raisonnement, surtout pas des sages de 80 ans qui ont vécu des périodes bien plus troubles parfois que je ne peux me l’imaginer…
Madagaston

Agriculture

Ehhh oui ! Ce n'est certainement pas pour rien que j'ai quitté la France, même si c'était un peu inconsciemment. Je me donne mille fois raison aujourd'hui car j'ai laissé derrière moi toute cette "modernité" qui détruit autant la conscience ou la liberté des personnes que leur santé.
Ici au moins, les agriculteurs sont trop pauvres pour acheter des engrais, pesticides, désherbants, raccourcisseurs et autres produits chimiques de merde qui tuent toute la biodiversité qui est à l'origine même de la vie.
Que ceux qui ont encore un tant soit peu de raison, abandonnent la France pour aller vivre dans les rares paradis terrestres qui existent encore et laissent les étrangers s’entre-tuer gaiement en France en laissant les hommes politiques , tous véreux profiter encore quelques année d'une vache à lait qui est en train de mourir quoi qu'en on pense et avant qu'eux aussi viennent profiter du paradis terrestre.
Mais ce n'est qu'une opinion qui n'engage que moi...

La nature sous le soleil. (Message du 24 décembre 2014)

Aujourd’hui, lendemain de Noël, j’ai décidé comme je l’ai fait maintes fois à Berviller d’aller communier dans la nature. Quoi de plus vivifiant ? Et quel apport de félicité quand au bord d’un buisson on découvre une fleurette bizarre, une baie colorée un oiseau qui prend son envol, dérangé par mon incursion dans son univers.
Je rêve de tas de découvertes que je pourrai faire encore tant que j’ai la santé car ici sous les tropiques, rien n’est comme chez nous en France. Ici l’endémisme est roi et si on décidait de supprimer une espèce, elle ne serait pas menacée de simple disparition dans son biotope mais d’extinction pure et simple de la planète terre car pour près de 80% des espèces sauvages que l’on trouve à Madagascar, elles ne se produisent nulle part ailleurs naturellement.
Ici en fin d’année c’est la saison des fruits et si les nombreux buissons de gaves comestibles n’offrent encore que des fruits immatures, par contre de nombreuses baies trop colorées comme dans un tableau de maître qui aurait peint une nature morte s’offrent à mes yeux et je ne peux résister au plaisir d’en faire un bouquet pour vous l’offrir car en France en cette fin d’année, les températures avoisinent le seuil des gelées et il ne viendrait pas à l’idée d’une fleurette de montrer le bout de ses pétales.
Je suis vraiment satisfait de ma petite promenade à travers ma propriété car j’ai l’impression d’avoir immortalisé un chef d’œuvre en confectionnant un bouquet composé de baies et de fleurettes sauvages.
Je me suis promis de renouveler ce genre de ballade-découverte car je suis persuadé que je suis passé à côté de nombreuses curiosités tel que cet engoulevent que j’ai dérangé dans sa sieste ou encore cette minuscule rainette blanche qui sommeillait au creux d’une feuille.
Quant on est curieux, on fait des découvertes tous les jours.
Bonnes fêtes de fin d’année.
Gaston

Des quetsches des pommes et des scoubidous. (Message du 17 décembre 2014)


Il y a bien longtemps que je n’ai plus escaladé de pommier ou autre fruitier pour me gaver des ces fruits délicieux qu’on trouvait à volonté dans les vergers aux alentours de Berviller quand j’étais gamin. Nous étions une bande de garnements, qui, dès la saison des fruits annoncée grimpions aux arbres pour manger les pommes encore vertes. Je ne parlerai pas des quetsches qui pendaient en grappes violettes aux branches qui parfois ployaient sous le poids et facilitaient de ce fait nos efforts à attraper ces fruits gorgés de soleil et à en avaler tant que nos ventres rebondis ne pouvaient plus avaler autre chose le reste de la journée. Bien entendu je n’ai pas oublié non plus le goût parfumé des mirabelles de Lorraine et encore moins celui des cerises ou autres fruits comme les fraises du jardin de ma mère.


Ici sous les tropiques, si on a du mal à trouver des pommes ou des quetsches, on trouve des pruneaux qui n’ont vraiment pas le goût des bonnes quetsches de Berviller. Par contre, en ce mois de décembre nous sommes en pleine saison des fruits car les branches des arbres fêtent noël avec de belles boules rouges, jaunes ou vertes. En effet les litchis sont achetés par camions entiers pour un prix dérisoire. Et les mangues juteuses et sucrées se vendent par cageot entiers pour le prix d’une baguette de pain en France. Bien entendu les bananes, les ananas et bien d’autres fruits totalement inconnus en France et qui servent souvent à faire des jus de fruits sont vendus à tous les coins de rue. Certains de ces fruits arriveront jusque dans les supermarchés en France mais seulement après avoir subit des bains de substances douteuses qui les conserveront un peu plus longtemps, ce qui ne justifie pas à mes yeux leur prix multiplié par cent.

Je me sens vraiment privilégié d’avoir eu la chance de pouvoir manger des fruits à volonté en France et de pouvoir maintenant me gaver tant que je le désire de fruits exotiques. Les fruits sont à mes yeux des gourmandises que j’ai toujours privilégiées d’autant qu’elles contiennent une bonne dose d’énergie et qu’il serait ballot de s’en priver.

Le temps qui passe n’est pas celui qu’il fait. (Message du 5 novembre 2014)

Glou glou glou, gla gal gla, Brrrrrrrrrr ! C’est le sentiment en ce début de mois d’octobre que m’inspirent les informations à la télé. J’ai bien essayé de changer de chaîne, en vain, ce sont les mêmes mauvaises nouvelles sur toutes les chaînes françaises et le plus beau village de France n’y échappe guère.
Pour me changer les idées, j’ai zappé sur les chaînes malgaches et réunionnaises et là comme par miracle mon cœur s’est réchauffé avec des températures douces comparables à un été français qui se respecte.

J’ai souvenir d’avoir eu vraiment froid au temps jadis où j’habitais encore à Berviller. Il n’y avait que le travail qui réchauffait mon corps glacé jusqu’au os.
Le temps humide de ce triste mois de novembre précurseur de l’hiver m’apportait un spleen baudelairien qui a beaucoup contribué à mon exil volontaire vers des cieux plus bleus, plus rayonnant et surtout avec des températures douces et agréables pendant toute l’année.
Bien entendu ici sous les tropiques il y a une saison des pluies qui fait tomber des trombes d’eau en un minimum de temps. Pourtant, le GAC (Grand Arroseur Céleste) se retient généralement pendant que luit le soleil pour déverser son ire humide sur la terre quand elle est baignée par la lune.

Pourtant je me souviens des hivers enneigé où le froid n’avait pas de prise sur nous quand on pouvait dévaler les pentes du Etzel ou de la Hanfritz quand ce n’était pas tout simplement la côte du Wingersberg tant que la neige fraîche n’était pas encore recouverte de Brachen (machefer).
Ici je peux à volonté raconter mes exploits en Schliden (Traîneau) aux jeunes de l’Île Rouge qui m’écoutent extasiés. Ils ne connaîtront jamais les joies de la neige et ne feront jamais connaissance ni du bonhomme de neige ni même de Saint Nicolas qui nous apportait des friandises qui illuminaient nos jours gris. Ces enfants des îles ne feront jamais connaissance non plus avec le Rouprecht qui avec son sac rempli de badines et autres verges destinées à punir les enfants peu sages nous terrorisait jadis avec son allure méchante et volontairement hideuse.

Entre mourir de froid et vivre sous le soleil, mon choix était vite fait et si cela fera bientôt une décennie que je vis sous le soleil à des milliers de kilomètres de Moselle-Est, J’ai l’impression que ce n’était qu’hier que je rentrais mes tonnes de cocke pour alimenter ma chaudière avant de reconvertir cette dernière en chaudière à fuel qui vidait mon compte en banque chaque fin d’année.
Ici les chaudières sont inexistantes et seule l’ombre apporte du réconfort quand, allongé sous les cocotiers je profite des alizés de l’océan indien tout proche. Bien entendu je ne me rabaisserais pas à engager pour un € par jour du personnel pour me ventiler avec une feuille de bananier pendant les chaudes heures de l’après-midi. Mais je suppose que ceux qui se laissent véhiculer par un indigène qui court pieds nus entre les brancards de son pousse-pousse n’hésiteraient pas un instant à profiter abusivement de cette main-d’œuvre dont le salaire journalier avoisine le prix d’une baguette de pain en France.

Quand je constate l’aisance des familles françaises à celles de la majorité des indigènes de la brousse, je peux toucher du doigt les deux millénaires qui séparent la France de Madagascar. Ici on n'a pas d'argent mais on a le soleil qui déverse ses rayons d'or toute l'année sur le pays.

Le Bouilli  (Message du 20septembre 2014)


Le Bouilli, n’était pas une recette de cuisine comme on pourrait le croire, même si il faut l’avouer, il est vrai que le Bouilli souvent était cuit. Non pas au sens propre du terme, mais si ce sens figuré le définissait assez bien, il n’en restait pas moins philosophe pour autant. Il est vrai que je parle là d’un temps bien révolu car de moins en moins de gens de Berviller et des environs se souviennent encore du Bouilli. Je ne me souviens pas de son véritable nom, et je me demande même si je l’ai su un jour. En tout cas c’était un personnage haut en couleurs dont le bleu était la couleur dominante. En effet, la couleur de son nez variait selon le moment de la journée du rouge au bleu. C’était une personne qui prenait la vie du bon côté, toujours souriant d’un air narquois comme s’il se moquait de la vie elle-même.
Ce qu’il aimait pardessus tout, c’était s’asseoir avec sa bouteille de bière à la main sur le banc de la Youlchin qui tenait l’une des deux épiceries du village. Le Bouilli débouchait souvent cette bouteille de bière qui de ce temps là possédait un bouchon mécanique ou bouchon à étrier qui basculait en appliquant une pression sur l’obturateur en céramique blanc muni d’un joint en caoutchouc rouge. En effet, si les hivers étaient rigoureux de ce temps là, les étés écrasaient de leur chaleur les bêtes et les gens.
Ce n’est qu’en début de matinée ou en fin de l’après-midi quand le soleil descendait lentement vers l’horizon et que les paysans venaient abreuver leurs chevaux et leurs vaches à la fontaine du village qui se situait en face de l’épicerie de la Youlchin devant laquelle s’abreuvait également le Bouilli. Ces paysans cumulaient souvent leur véritable métier de mineur de fond avec la culture de quelques parcelles de terrains hérités de leurs parents.
Cette fontaine abritait d’un côté le lavoir et du côté opposé le dépôt de lait du village. En effet les habitants du village étaient nombreux à élever des vaches qu’il fallait traire le matin et le soir. Le camion de lait muni d’une citerne allait de village en village collecter le lait qui était conservé dans des bidons pongés dans l’eau fraîche qui alimentait ensuite les abreuvoirs de la fontaine du village qui n’est plus qu’un vague souvenir au jour d'aujourd’hui.
Je n’ai jamais connu le métier du Bouilli qui était peut-être dans sa jeunesse lui aussi mineur de fond. En tout cas il connaissait chaque personne du village et il aimait bavarder avec les passants en leur lançant une plaisanterie ou simplement en leur parlant du temps qu’il faisait. De ce temps bien révolu où les télévisions étaient très rares dans le village, les nouvelles étaient rares elles aussi et le sujet de conversation s’orientait invariablement sur le temps qu’il faisait et qui n’était vraiment plus ce qu’il était dans le temps…
Un jour, alors que les arbres avaient perdu leurs feuilles et qu’on n’entendait que le jacassement des geais et les croassements des corneilles, je me baladais emmitouflé dans un gros châle avec le bout des oreilles bien rouges. Arrivé du côté de la Sawelsfels entre le village de Rémering et le moulin de Felschling je vois le Bouilli en train de s’activer sur des grumes d’épicéas abattus. En m’arrêtant à sa hauteur je m’aperçois qu’il est en train d’écorcer ces grumes qui étaient entassées le long du chemin. Il me dit que ces grumes étaient vendues par la commune à des industriels dont il ne savait pas ce qu’ils allaient en faire et que c’était d’ailleurs son soucis mineur. Par contre la bouteille de schnaps, qui lui permettait de ne pas avoir froid par cette saison glaciale selon ses propos, trônait en bonne place et ne risquait pas de geler avec le taux relativement élevé d’alcool qui composait son contenu. De ce temps là de nombreuses personnes avaient encore le droit de distiller les fruits issus de leurs vergers.
Le Bouilli était une de ces personnes qui se sont illustrés dans le village car il avait une qualité rare d’être toujours de bonne humeur tant qu’il avait de quoi lui redonner le moral, ce qui n’est plus très moral de nos jours car il n’est plus possible de parler d’alcool sans préciser l’antonyme de l’opinion du Bouilli qui ne connaissait pas la modération dans ce domaine.
Gaston

MESSAGE DU 10 AVRIL

La résistance à Berviller,

C’était vers le milieu des années cinquante, non pas dix-huit cent cinquante et encore moins en dix-sept cent cinquante. Non c’était bien dans les années dix-neuf cent cinquante.

Mais? Me direz-vous, il n’y avait pas de guerre dans les années cinquante. Et pourtant si ! Nous étions des légions de gamins contre un individu qui voulait absolument nous forcer à parler une langue étrangère et comme il était bien plus fort et mieux armé que nous, nous ne pouvions que nous soumettre ou alors être prêt à affronter la correction qui consistait généralement à trois coups de bâton sur une partie du corps qui nous blessait directement au cœur et salissait notre honneur car si les fesses étaient rouges, ce n’était rien comparé au déshonneur subit car toutes les jeunes filles de la classe assistaient au supplice.
En effet, nous étions les baby boomers c’est-à-dire selon certains spécialistes des idéalistes et des égocentristes qui quelques années plus tard ont d’ailleurs lancé les évènements de mai 68 pour se venger…

Nous n’étions pas contre l’instruction, bien au contraire mais tant que nous étions dans les jupons de nos mères, grand-mères ou autres jeunes et ravissantes jeunes femmes qui nous choyaient, nous avions acquis une langue maternelle qui était celle des francs, c’est-à-dire celle de Charles le Grand… non ce n’était pas le même qui s’est opposé aux étudiants de mai 68 mais celui qu’on appelle plus communément Charlemagne et Clovis avant lui. Donc la langue que nous parlions avant l’enrôlement dans les classes de français où curieusement on nous défendait de parler le francique qu’on appelle généralement le Blatt. Pourquoi Blatt ou Platt, simplement parce que les francs venaient du plat pays alors que les Deutsch venaient du pays haut et qui parlaient le Hoch Deutsch. Certains historiens disent que les premiers francs sont venus de Suède il y a plus de deux millénaires. D’ailleurs la France s’appelle Frankreich (le royaume des Francs) chez tous les hommes (Alle Männer ou allemands).

Ceci dit, c’est à coups de bouchons répétés qu’un grand homme nommé Victor non pas Hugo mais Champé nous enseigna difficilement une langue dérivée du latin et qui nous était totalement inconnue. Il faut avouer qu’il avait beaucoup de mérite car venir à bout d’une classe indisciplinée d’une bonne quarantaine d’élèves de six à quatorze ans n’était pas une sinécure bien au contraire. En effet, museler toutes velléités d’une ribambelle de gamins en culottes courtes qui ne pensaient qu’à se chamailler ou encore à s’amuser n’était donné qu’à un homme doté d’un esprit émérite, capable de faire passer sa détermination à modeler nos esprits réticents bien au-dessus ses envies personnelles. Mais me direz-vous que viennent faire les bouchons à ce stade du récit ? En fait le bouchon était un objet comme un autre qui était donné par l’instituteur au premier qui osait parler le francique mosellan, généralement pendant la récré. Ce dernier devait faire la police et redonner à un autre élève qu’il entendait parler le Blatt. A la fin de la classe le maître demandait qui était le dernier détenteur du fameux bouchon et il avait alors droit à une punition. Bien entendu le dernier qui avait reçu le fameux bouchon était très réticent à se déclarer il fallait chaque jour faire chronologiquement le parcours du bouchon jusqu’à ce qu’on perde sa trace et c’est le dernier qui ne se souvient plus à qui il l’avait donné qui héritait de la fameuse punition.
Je me rappelle qu’à cette époque nous étions également obligés de subir une heure de catéchisme tous les deux jours et c’était un personnage mi- curé mi, mi- herboriste et je me demande s’il ne guérissait pas nombre de patients également avec des « hokus bokus » car il y avait toujours pléthore de voitures généralement immatriculés en Allemagne devant le presbytère qui est devenu aujourd’hui la mairie de Berviller. Ce triste personnage qui ne souriait qu’en faisant la grimace, menait la classe avec un gros bâton qui servait à taper sur la tête, sur les épaules ou sur le dos des gamins que nous étions et qui avaient oublié d’apprendre par cœur leur résumé de catéchisme. Evidement devant un tel acharnement de brutalité, nous étions obligés de prendre des initiatives qui s’imposaient et on voyait même durant les journées de grosses chaleurs les écoliers avec de grosses canadiennes avec un col en fourrure qui nous protégeait contre les volées de bois dur assénées par ce curé qui nous faisait payer cher son handicap qui le faisait ressembler à quelqu’un qui veut prendre son envol à chacun de ses pas. En effet il avait une jambe plus longue que l’autre sous sa soutane noire qui lui descendait jusque sur ses chaussures et qui était boutonnée de centaines de boutons de haut en bas. Il faisait penser à un corbeau (Rabe en allemand, Châke chez les habitants du village voisin au nôtre et Kôve en francique mosellan de Berviller). Je me rappelle qu’un jour où les petits dont je faisais partie avaient catéchisme alors qu’un grand qui se reconnaîtra dessinait des avions à réactions pour l’Hirondelle, la gazette de l’école. Et évidement j’ai imité le bruit du réacteur de ces avions en ne me souciant pas du tout que j’étais sensé écouter ce qui se disait au catéchisme. Et à ce moment-là, brusquement le bruit de mes réacteurs fut couvert par un autre sifflement et un fracas de verre cassé ainsi que d’un « Tiilllll » ! Qui me fit rentrer instinctivement ma tête dans les épaules. Quant au bout d’un instant j’osais redresser ma tête pour voir ce qui se passait, je vis d’abord le curé à l’autre bout de la classe immobile et blême car il avait lancé son bâton à travers toute la classe en espérant me toucher à la tête mais comme je n’étais pas bien grand et que j’ai eu pour mon bonheur un prompt réflexe, le bâton alla finir sa course dans un carreau de la fenêtre. Il parait même qu’il aurait demandé que mes parents remboursent les dégâts…

Bien des années plus tard j’ai fait la paix avec mon ancien instituteur et j’ai reconnu tous ses mérites. Il a eu la témérité de mater des générations de gamins indisciplinés et il avait un esprit poétique en étant amoureux de son village et de la nature environnante. J’ai d’ailleurs eu la chance et l’honneur de pouvoir faire une sortie champignons avec lui et le plus grand honneur qu’il m’ait rendu, c’est d’avoir laissé entendre à ma mère que l’élève avait dépassé le maître en ce qui concernait la connaissance des champignons.
Gaston

MESSAGE DU 4 AVRIL


Histoire d’eau.

Il était une fois un vieux moulin datant d’au moins cinquante ans avant la révolution française. Il était situé dans une vallée entre quatre villages nommés Berviller, Rémering, Merten et Villing. Ce moulin, appelé Moulin de Felschling était habité par mon grand oncle Adolphe Contelly. Après son décès, le  moulin resta inoccupé pendant quelques années et comme j’aimais bien les vieilles pierres à cette époque, je décidais donc de l’acquérir.
Il faut dire qu’à cette époque, fin des années 1970, il n’y avait plus d’eau dans le puits situé devant la bâtisse et naturellement, étaient inexistants les sanitaires ainsi que le chauffage ou autres commodités dont on ne saurait se passer de nos jours.
Je me mis donc à réfléchir comment je pourrai bien régler ce problème d’eau car le réseau d’eau de la commune était bien trop éloigné pour que je puisse à moindre frais m’y connecter. Etant donné que l’eau est source de vie et si beaucoup de litres d’eau de vie ont certainement coulés au moulin sans modération, il est évident que cette eau aura eu plutôt pour conséquence d’avoir été source d’eau de mort éthylique…
Je suis très peu convaincu de l’efficacité de trouver de l’eau grâce à des baguettes magiques appelées aussi baguettes de sourciers mais comme j’avais beau me creuser la tête, je ne trouvais pas d’autres solutions pour trouver de l’eau car le puits étant à sec, d’anciens mineurs de charbons m’avaient appris qu’une galerie de la mine passait justement sous le moulin. Je me mis donc en quête de trouver un sourcier qui dans mon esprit était très proche du sorcier.
Un sourcier qui m’a été recommandé vient donc un dimanche matin et va se couper une branche de saule comme c’est la tradition chez ces gens-là. Avant qu’il n’entreprenne ses investigations, je lui ai parlé du vieux puits qui est situé juste devant la maison et je lui dis que je supposais que l’eau s’était infiltrée dans une galerie de la mine qui passait sous le puits. Après quelques « hokus bokus », il me dit tout net qu’il n’y a plus une seule goutte d’eau dans le puits et qu’il allait se mettre en quête de trouver de l’eau aux alentours de la maison. Je le voyais tourner de plus en plus loin de la maison jusqu’au moment où il s’arrête dans un pré qui ne faisait pas partie des champs du moulin. Il m’appelle et me dit que c’est le seul endroit où il y a de l’eau à condition de creuser jusqu’à six mètres de profondeur. J’ai donc enfoncé une petite branche à l’endroit déterminé et j’ai réglé le montant de cent Franc de l’époque à ce spécialiste des eaux du sous-sol. Pour ma part, j’ai considéré que cet argent était jeté par la fenêtre mais comment en être certain ? Je décidais donc de guérir le mal par le mal et de chercher un autre sourcier pour me convaincre du bien-fondé de mon intime conviction.
Un collègue de travail pour qui j’ai beaucoup de respect m’apprend qu’il connait un sourcier qui habite non loin de chez lui. Je prends donc rendez-vous avec ce spécialiste des eaux le dimanche suivant. Mais comme ce sourcier ne possède pas de moyen de locomotion, je décide donc d’aller le chercher chez lui le dimanche matin avant la messe. Un sentiment étrange s’empare de moi car le vieux sourcier n’avait certainement pas commencé sa journée en buvant de l’eau car il tenait à peine sur ses jambes. Mais comme je viens de me taper plus de vingt kilomètres, je me dis que j’allais l’emmener et tant pis pour le verdict qu’il me fournirait.
Arrivé au moulin, le sourcier se contente d’une branche fourchue de noisetier car il n’a certainement plus la force d’aller au bord du ruisseau chercher une branche de saule. Je lui raconte donc la même chose qu’au sourcier qui l’avait précédé. Il se mit donc devant le puits et d’une phrase hésitante il me confirme que si je creuse deux mètres plus profond, j’aurai autant d’eau que je voudrai. N’étant donc plus du tout convaincu, je décide de le guider tant bien que mal vers l’endroit où son prédécesseur m’avait dit qu’il avait trouvé de l’eau en lui racontant que je désirais faire un élevage et que je voulais installer un éolienne qui pomperait de l’eau. Il se met donc en quête à l’endroit même où il devrait y avoir de l’eau malheureusement il me dit que ce n’est pas la peine de creuser à cet endroit car je n’y trouverai pas une goutte d’eau.
J’étais vraiment dégouté car cela me renforçait dans mon idée que les sourciers étaient vraiment des sorciers. Pourtant cela ne réglait pas mon problème d’eau et je me mis à réfléchir une fois de plus car cela m’arrive surtout dans des moments critiques. Donc je me dis que si j’achetais un terrain et que je creuse un puits de six mètre de profondeur sans trouver de l’eau, je m’en voudrai beaucoup plus que si je me contentais de creuser deux mètres dans un puits existant qui est devant la maison.
Me munissant d’une perceuse électrique avec une grosse mèche à béton je me mets à  creuser le fond du puits en grès dur. Finalement en quelques jours de travail de forçat je constate que le grès devient de plus en plus humide et finalement en creusant plus profondément cette humidité s’intensifie au point que j’étais obligé de dégager plus d’eau que de sable du fond du puits. A un moment donné il me devient impossible de creuser plus profondément car l’eau suinte trop rapidement pour être en mesure de continuer à écoper.
En fin de compte pendant les quarante ans que j’habitais au moulin, j’ai eu autant d’eau que je voulais, même pendant les saisons sèches.
La morale de cette histoire d’eau c’est qu’il faut toujours commencer en choisissant la solution la plus facile et de ne pas se fier aux apparences car ce n’est pas parce qu’un individu n’a pas l’habitude de boire de l’eau qu’il est dans l’impossibilité d’en trouver.



MESSAGE DU 15 MARS 2014

Expérience scientifique
Quand j’étais encore en France, je m’évertuais à faire avancer mes connaissances sur les champignons et notamment leur niches écologiques. Pourtant je commençais à saturer en ce qui concernait la connaissance des binômes les plus communs qu’on était en mesure de trouver dans l’Est de la France.
Par contre, ici à Madagascar, dans l’hémisphère sud de notre planète, beaucoup d’espèces me sont totalement inconnues et en ce qui concerne leur comestibilité, je crains fort d’être totalement impuissant à me prononcer sur ce sujet délicat et surtout dangereux. Mais n’ayant pas l’habitude de baisser les bras face à un problème quel qu’il soit, j’ai pris l’initiative de me lancer dans une campagne d’élucidation de ce problème. Pourtant face à une difficulté qui m’interdisait de réaliser seul cette expérience, j’ai donc conclus un accord avec un individu de la noblesse malgache nommé Raton 1er d’Andranolava.
Donc à nous deux, nous avons décidé d’un commun accord de tester la comestibilité de nombreuses espèces de champignons. Etant donné le caractère dangereux de cette recherche j’ai pris l’initiative d’en faire part à mon ami Raton 1er qui n’a pas trouvé d’arguments contradictoires et il fut donc décidé logiquement que c’est mon ami Raton 1er qui goûterait chaque espèce pour savoir si l’espèce est toxique ou inoffensive.
Il est évident que je commencerai par apprêter les champignons en les accommodant en omelette afin de leur donner une saveur plaisante. J’ai bien expliqué à mon ami qu’il ne pouvait pas en être autrement car si je goûtais moi-même les champignons, l’expérience scientifique risquerait d’être interrompue brusquement par ingestion d’une espèce mortelle. Par contre si Raton 1er ingère une espèce mortelle, j’aurai toujours le loisir de me lier d’amitié avec Raton 2, Raton 3 etc. et je pourrais aisément continuer cette expérience car j’ai inventé une cage avec trappe qui me permet de faire connaissance avec de nombreux membres de la famille Raton qui n’a émis à ce jour aucune revendication concernant ma méthode de recrutement… un peu forcée je l’avoue.
Madagaston

MESSAGE DU 22 NOVEMBRE 2012

En effet, alors que papouner lorsque j'étais plus jeune me tapait plutôt sur les nerfs car j'avais d'autres chats à fouetter comme par exemple remplir la marmite tous les jours et organiser au mieux l'intendance d'un foyer,aujourd'hui, je n'ai plus aucun soucis de ce genre car je n'ai plus qu'à me laisser vivre sans problèmes aucun.
Le temps est au beau fixe toute l'année, mon entourage veille à satisfaire mes moindres désirs, qu'ils soient culinaires ou même pour le plaisir de mes yeux car le jardinier n'en fini pas de soigner les plantes de plus en plus nombreuses que je me procure afin d'agrémenter mon environnement.
Il est évident qu'Adam dans son paradis devait avoir un ventre proéminent également car je ne vois pas d'où je pourrais tenir ces gènes qui favorisent ce genre d'excroissance.
En ce qui concerne les messages que je te fais parvenir, c'est à toi seul de juger si tu veux les mettre sur ton site ou non. Après tout je ne me souviens pas d'y avoir relaté des faits discriminatoires ou autres qui risqueraient de porter préjudice à quelqu'un.
Depuis quelques jours Marie Antoinette ainsi que Edith et son mari Gérard sont en vacances ici à Madagascar et semblent s'intéresser au monde totalement différent de celui qu'ils connaissent en Moselle-Est où le temps est bien maussade. Je te comprends aisément quand tu me dis que tu as en vue avec d'autres personnes de fêter dignement l'arrivée du Beaujolais et il n'est pas incongru dans ce cas de chercher à se réchauffer un peu le cœur avec du vin chaud ou autres boissons propices à créer un climat de convivialité. Pour ma part, je ne me hasarderai pas à ingurgiter des boissons euphorisantes car elles ne sont pas vraiment conciliables avec les températures tropicales du pays qui m'a accueilli à bras ouverts.
Ici il pleut des crevettes et des langoustes et je me pose la question de savoir si ce ne sont pas ses délicieux fruits de mer qui me donnent des formes généreuses. Toujours est-il que je n'ai pas le moins du monde envie de me priver de ces crustacées, d'autant plus qu'une belle langouste pêchée le jour même on peut se l'offrir pour la modique somme de 3,50€. Hier j'ai également acheté directement au bord de la mer au retour des pêcheurs un magnifique thon de 6kg pour la modique somme de 7€.
Bien sûr il y a également des inconvénients ici car on ne peut pas tout avoir dans la vie et pour se rendre au supermarché par exemple il faut faire au minimum 260km. Mais mis à part ce petit problème, on s'accommode simplement de ce qu'on peut avoir et si on veut manger du fromage par exemple, on le fabrique soi-même.
Bon je vais de ce pas me charger de nourrir ma basse-cour où deux nouvelles arrivée ont été enregistrée en la personne de deux pintades de Numidie.
Je te souhaite à toi ainsi qu'à toutes mes connaissances bonne continuation dans leurs occupations favorites.

MESSAGE DU MOIS D'AOÛT 2012


Tu es pardonné d'avance si tu ne réponds pas à mes messages car j'ai vu que tu avais été très sollicité par les gendarmes et autres forces de l'ordre pour la campagne de bon voisinage où les voisins sont sensibilisés à la collaboration effective et prompte avec les forces de l'ordre lorsqu'ils remarquent des choses inhabituelles dans leur voisinage.
Pour ma part, ouf ! je l'ai échappé belle ! En principe il est d'usage à Madagascar que l'heureux papa dort par terre et que le bébé et la maman couchent dans le lit conjugal pour pouvoir conjuguer les tétés et les changements de couches. Mais c'était sans compter avec mon esprit inventif car j'ai trouvé une autre solution. En effet, comme la belle-mère a tenu à venir prêter main-forte à sa fille, j'ai donc monté un grand lit dans la chambre d'amis et la belle-mère pourra se farcir les biberons au Blédilait la nuit et tant qu'on y est, elle pourra également changer les couches car elle a l'habitude avec tous les gosses qu'elle a déjà eu.
Donc la belle-soeur Sizy fait le ménage et à manger, la belle-mère s'occupe du Schtroumpf et ce matin la venue d'une autre belle-soeur qui a fait dix km à pied pour venir constater que le petit Schtroumf est bien bleu comme on lui a fait croire pourra relayer les deux autres.
En ce qui concerne les maux des bébés occidentaux, je pense qu'il en sera dispensé en partie car ici on a la peau dure. Il ne faut pas oublier qu'on est dans la brousse et il faut être vacciné naturellement car il n'y a pas de cliniques aseptisées, pas d'instruments stérilisés et soit on marche ou on crève. C'est la vie.... et il faut s'y faire ou alors on revient en France et on ne fait plus ce qu'on veut. En ce qui concerne le bébé, je vais tout de même le déclarer au consulat de France afin qu'il obtienne la double nationalité car le jour où il sera grand, il sera certainement surdoué comme l'est son père et la France a besoin de "cerveaux utiles" car j'ai personnellement l'intention de lui apprendre des choses qu'il n'apprendra pas à l'école car ici les professeurs de collège ont le niveau d'un gosse de 12 ans.
Heureusement que l'école n'est pas obligatoire ici. J'ai bien l'intention de lui apprendre à écrire afin qu'il soit capable de rédiger des textes qui ne ressemblent pas à du chinois abrégé et aussi à calculer car je n'ai pas rencontré de malgaches capables de me dire combien font 999999 + 1.... De toutes façons ils n'ont pas besoin de savoir calculer au-delà de 90 000 Ar (32,72 €) car c'est à peu près le salaire d'un ouvrier ou d'un instituteur par mois et avec cette somme il ne reste plus rien pour les fins de mois difficiles qui commencent généralement après la première semaine du mois. D'autre part il serait idiot de lui apprendre que nos ancêtres étaient des gaulois car selon les dernières découvertes, nous sommes venu de L'Est
de l'Europe après être parti du berceau de l'humanité qui n'est pas très loin d'ici selon un certain Yves Copens anthropologue, qui avec son équipe à découvert notre célèbre multi-arrière grand-mère Lucy juste de l'autre côté du canal du Mozambique, ce qui n'est qu'à un jet de pierre de Madagascar. Mais ceci est une autre histoire car pour l'instant je ne peux pas lui apprendre grand-chose à part les guiliguilis de papoune sénile...
En ce qui concerne le médecin diplômé "Réalisateur Adjoint" de la maternité qui était déserte la nuit, nous l'avons réveillé en pleine nuit et c'est chez lui, dans sa case de 2m sur 3m avec un toit en feuilles de bananiers et des murs en tiges de feuilles que le Schtroumpf a vu la lumière vers 4h du matin. Le médecin a recousu la
maman qui avait été légèrement déchirée selon ses dires, puis a fait une facture de 200 000Fmg (14,81 €) Non remboursée par la Sécu... En bon prince je lui ai octroyé volontairement une prime de 14,81 € en plus en
lui disant qu'en France les heures de nuit étaient rémunérées à 100%...
Je te souhaite beaucoup de satisfactions en cette période chaude en France. Ici c'est l'hiver sous les tropiques et les températures sont descendues jusqu'à +25° (Brrrr...)

MESSAGE DU 31 JUILLET 2012

Un nouveau Schtrumpf vient de naître au sein de la famille Thiel. Il a vu le jour il y a environ 5h (heure locale) à moins de 100m à vol d'oiseau de l'océan Indien. Le bébé et la maman se portent bien.
L'heureux papa va maintenant commander un berceau en bois d'eucalyptus chez l'ébéniste afin de faire plaisir à la maman qui aura son 29ème anniversaire dans 2 jours. Et d'une pierre deux coups... Car la commande du petit Kévin était un cadeau de Noël et sa livraison un cadeau d'anniversaire. Bien visé, non?
Je vous souhaite de bonnes vacances.

Message du 24 avril 2012

Le Joustè.
Il est né dans une famille nombreuse au village des eichatten (1). Dans ce village la salade s'appelait salotte et les corbeaux c'était des chaken alors que chez nous les eisichlaicher (2), les corbeaux c'était des cauven. Le Joustè, que certains appelaient également Youstè dans son village natal a essayé de travailler dans les mines de charbon du Bassin Houiller lorrain mais sa santé fragile l'a conduit directement dans un préventorium. Suite à cet essai infructueux il a bien essayé également de travailler aux ponts et chaussés mais suite à une maladresse il a conduit la niveleuse directement dans le fossé. Par contre il excellait comme maçon et il a trimé longtemps chez un artisan maçon en bravant le froid en hiver et la chaleur en été. Il était très courageux et sa santé fragile ne l'a nullement découragé et si vers trente ans il a rencontré la Jeanne du village d'à côté, il a redoublé de courage en allant extraire une à une à la sueur de son front après sa dure journée de labeur des pierres calcaires pour construire une maison au fin fond du Vïngatsberg (3) où la Jeanne possédait un champ en bordure de la route. En ce temps là, il n'y avait pas d'agglos et le béton était confectionné en brachenbétung. Le Joustè a taillé lui-même d'un coup de marteau bien ajusté toutes les pierres calcaires brutes pour monter les murs de sa maison et après bien des soirs et des dimanches d'un travail acharné, la maison était prête à accueillir le fourneau à charbon qui allait servir autant pour cuisiner que pour surchauffer la cuisine. Bien sûr à cette époque il n'y avait pas encore d'électricité au Vingatsberg et c'était à la lueur d'une lampe à carbure qui noircissait le plâtre du mur qu'on mangeait le soir notre soupe chaude dans laquelle nageait quelques croûtons. Puis, en hiver le ventre bien rempli, on allait se coucher avec une brique chaude dans un lit glacé de la chambre à coucher avec des vitres sur lesquelles le givre avait dessiné des fleurs blanches. Plus tard, le Joustè s'est acheté une moto de marque Peugeot, ce qui était un luxe à une époque où les gens se retournaient et regardaient avec curiosité les rares voitures qui passaient dans le village. A part le « droguiste » avec sa fourgonnette Juva-4 qui passait tous les jeudi dans le village pour y vendre entre autres, du savon, des « Nous deux » ou le « Journal de Mickey », il n'y avait guère que le boulanger qui venait livrer son pain quotidien, le camion du laitier qui passait très tôt le matin et qui transportait parfois également des passagers qui devaient se rendre à la ville et naturellement le boucher qui passait en fin de semaine avec son fourgon Citroën Type H de couleur rouge sang de boeuf et blanc pour vendre sa viande qui allait servir à mijoter la fameuse renneflèchsop(5) du dimanche midi. Le boucher-charcutier offrait volontiers aux enfants de ses clients une knakwourcht (6). Le dimanche matin après avoir barboté dans une waichbitt puis revêtu le costume avec la chemise blanche et la cravate, on était prêt pour aller à la messe. Souvent on se bagarrait déjà devant l'église avec les copains et on continuait à bavarder pendant la messe qui nous semblait interminable. Souvent, quand on dérangeait vraiment les gens qui venaient à la messe pour y retrouver un peu de calme afin de pouvoir penser aux choses sérieuses de la vie, ou montrer leur nouveau chapeau, le Victo Champé (7) remédiait à ces dérives en nous obligeant à nous asseoir tout devant sur les agenouilloirs où tous les fidèles pouvaient voir ces garnements indisciplinés que nous étions. Bien sûr à la maison le Joustè n'était pas content et il racontait à la Jeanne que son fils aîné a encore fait des siennes et qu'il a été la risée du village tout entier. Mais ce qui plaisait le plus au Joustè c'était l'arrêt immanquable au bistro du village pour y jouer à la belote avec des dromp (8). C'était toujours les mêmes larrons dont le Victo Champé qui ne manquaient jamais l'occasion pour taper le carton entre la fin de la messe et l'heure de la renneflèchsop. L'été, tout ce beau monde se retrouvait le long de la kegelbanhn (9) et les plus forts lançaient avec vigueur la boule en métal que nous, les redresseurs de quilles arrivions à peine à soulever pour la mettre dans la gouttière qui renvoyait les boules jusqu'au lanceurs. Pour les joueurs de quilles, c'était à celui qui perdait qui était condamné à payer la tournée de bière qui coulait à flot en ce temps là et la Alice n'avait pas assez de bras pour racler la mousse sur les verres remplis de bière qu'elle tirait à longueur de dimanches. Pour nous autres, les gamins qui redressions les quilles tombées, nous revenions le soir fourbu mais heureux, avec des pièces jaunes qui garnissaient le fond de nos culottes courtes. Bien sûr, dès que la Youlchin (10) ou le Bäka ouvraient leur épicerie le lundi nous nous pressions devant le comptoir pour y acheter des lolys au caramel à 1 franc, des carambars à 5 franc, les chewing-gums gagnants dont mes dents se souviennent encore et sans oublier ce coquillage garnis de bonbon acidulé à sucer qui nous râpait la langue. Le lundi, il fallait de nouveau prendre le chemin de l'école et le Victo Champé avait trouvé un moyen efficace pour nous faire rentrer le français à coup de bouchon dans la tête. En effet le premier qui était attrapé à parler le blatt (12) recevait un bouchon et il devait le remettre au suivant qui oubliait de s'exprimer dans la langue française. Finalement, le dernier en possession du bouchon avant la fin de la classe recevait une punition. Naturellement il fallait tous les soirs refaire chronologiquement le chemin qu'avait emprunté ce fameux bouchon car il était rare qu'un élève veuille de gaîté de cœur rendre le bouchon pour écoper de la punition.
Lorsque le Joustè devint un peu plus âgé, il se fit embaucher à Bouzonville à l'usine Guerlach à Bouzonville comme soudeur. Mais après quelques années, une première liste de personnes recevait leur lettre de licenciement et le Joustè faisait partie de cette liste. Il retrouve néanmoins une place à la SLMM à Creutzwald où il restera jusqu'à sa retraite bien méritée.
Je ne suis plus retourné sur la tombe du Joustè depuis son enterrement car je préfère garder intacte l'image des soirées heureuses où il nous faisait rire aux larmes en nous racontant les avatars du Payta, le manœuvre maçon avec qui il travaillait et qui promenait fièrement sa « fiancée » sur la barre de son vélo le dimanche. Ou encore lorsque le Joustè envoyait le Payta chercher le « Dachvinkel » pour mesurer l'angle de la charpente d'un bâtiment qui était prêt à recevoir sa toiture.
Le Joustè comme l'appelaient les gens du village où il est né le tenaient en grande estime car il avait un caractère amical et ne se plaignait jamais du sort que la vie lui avait réservé. Je me souviens de la dernière phrase qu'il m'a dit sur son lit d'hôpital quand j'ai essayé gauchement de lui remonter le moral : « Je ne sortirais plus vivant d'ici ».
Le Justin, mon père, restera toujours pour moi une personne qui avait des doigts en or et un cœur vaillant et qui m'a appris sans jamais me le dire que le verbe être valait beaucoup plus que le verbe avoir et que le prix d'une chose n'est pas le même que sa valeur.
Gaston

(1)Eichatten : gens de Rémering

(2)Essiglächer : gens de Berviller

(3)Vingatsberg : côte à l'entrée du village de Berviller en venant de Merten

(4)Brachenbétung : béton en machefer

(5)Rénnflechsop : Pot au feu : plat traditionnel du dimanche

(6)Knakwurscht : petite saucisse

(7)Victo Champé : Instituteur Jean Pierre Ehl

(8)Dromp : Atouts à la belote

(9) Kegelbahn : Jeu de quilles en plein air

(10) Youlchin : Epicerie chez Julie

(11) Bäcka : Epicier qui vendait également du pain

(12) Blatt : francique mosellan ayant des ressemblances avec la langue allemande et que tous les enfants parlaient avant d'aller à l'école primaire.

Message du 13 avril 2012

En faisant un peu d'ordre dans mes archives, je suis tombé sur cette ancienne photo qui a été prise devant le moulin. On peut y voir la première voiture automobile qui appartenait à Henri Contelly, le frère de Adolphe Contelly et de sa femme Yvonne née à Paris.
Je ne pourrai pas dire de quand date cette photo, mais il est très probablement possible de situer l'époque en recherchant l'année de commercialisation de ce genre de modèles automobile avec des roues en folgoumi. D'après ma grand-mère Marie Contelly épouse Mouseler ce véhicule servait entre autres à livrer des râteaux que confectionnaient Adolphe et Henry pendant la saison hivernale en vue de les vendre sur les marchés environnants.
En parlant véhicule, j'ai décidé de mettre en vente ma jeep qui ne sert pratiquement jamais car je préfère le confort et surtout la climatisation de mon gros 4 x 4 Toyota.
En effet le bord de mer n'est pas vraiment idéal pour les voitures qui rouillent à une vitesse grand V à cause du sel de la mer toute proche. J'ai l'intention de m'acheter plutôt une tondeuse auto portée pour transpirer un peu moins en tondant l'herbe de ma propriété autour de la maison. Si tu connais un amateur qui a besoin d'un petit véhicule pour ramasser toutes les jolies filles malgaches et leur proposer avec succès garanti une petite ballade amoureuse, tu peux me l'envoyer...

MESSAGE DU 17 AVRIL 2012

Il est bien vrai que plus on a de temps"libre", plus on a de choses à faire et plus on prend de temps pour les faire. C'est surtout le repos et les siestes qui nous font perdre beaucoup de temps. En effet, le matin quand je me lève vers 5h, il me faut déjà près de 2 à 3 h pour me réveiller en prenant le temps de boire mon café, de prendre connaissance de mes messages sur Internet et de répondre à certains messages ou de transférer d'autres. Puis il est déjà presque midi et je n'ai même pas eu le temps d'aller donner du travail ou de contrôler celui que j'ai donné le jour avant aux ouvriers. Heureusement que ceux-ci savent trouver eux-même des occupations car ils ont à coeur de garder leur boulot rémunéré à 1€ la journée.
A midi il faut se mettre à table et en regardant les infos ou les jeux télévisés, je débute une sieste bienfaisante qui se termine généralement vers 15 heure locale. Mais là quand je me lève et que le soleil irradie de ses dards brûlants le sol, ce n'est pas le moment de faire du jardinage si on ne veut pas attraper une insolation. Je vaque donc à de petits bricolages dans mon nouvel atelier équipé d'un poste à souder de meule, de perceuse et tout le bim bam. Dernièrement je me suis confectionné un "gropen" car ici à Madagascar ils ne connaissent pas cet outil bien utile pour arracher les "mauvaises" herbes qui poussent comme du chiendent entre mes parterre de fleurs des îles.
Le soir vers 18h le soleil descend déjà à l'horizon été comme hiver, c'est réglé comme du papier à musique. Tout comme le soleil et la pluie car le GAP (Grand Arroseur Céleste) a admirablement fait son travail ici. Il fait pleuvoir des trombes d'eau la nuit et le soleil envoie ses rayons presque tous les jours de l'année pour réchauffer la terre. La saison des pluies devrait être renommée en nuits de pluies. Enfin il faut dire qu'ici sur la côte Est le long de l'Océan Indien, les pluies sont très fréquentes la nuit tout le long de l'année comme si les nuages venus de l'Océan voulaient se délester dès leur arrivée sur la terre ferme. Pourtant je n'habite qu'à 9m au-dessus du niveau de la mer et de l'autre côté la pente mène au canal des Pangalanes qui longe l'océan et qui par endroit a été creusé de canaux pour permettre de relier les différentes régions sans être obligé de se frayer un passage à la machette sur une distance de plusieurs centaines de km. C'était une bonne initiative prise du temps où Madagascar était encore une colonie française. A présent, ce sont des véhicules brinquebalants qui sillonnent des pistes en très mauvais état car le canal se rebouche lentement à cause des jacinthes d'eau qui prolifèrent et bouchent inexorablement ce canal.
En ce qui concerne le squatter du moulin qui ne payait plus de loyer depuis mon départ pour Madagascar, j'ai en effet lu sur le site du plus beau village de France qu'il était devenu PPH (Passera Pas l'Hiver). De toutes façons si j'arrive à atteindre son âge canonique, je ne me plaindrai pas et je pense qu'il a passé au moulin les plus belles années de sa vie car il disait toujours qu'il se sentait comme au paradis en bricolant ce qu'il avait envie et je me suis même laissé dire qu'il voulait faire payer un droit de passage aux usagers qui empruntaient le chemin du moulin... Il aura eu au moins la décence d'attendre la vente du moulin afin que je ne sois pas obligé d'assainir son nid où s'entassaient les détritus au fur et à mesure car il n'avait pas envie de s'embarrasser avec ce genre de détails. Il prospectait même les bennes à ordures à Uberhern pour trouver soit-disant des choses encore utilisables qu'il entassait dans sa cave en attendant des jours meilleurs ... Enfin! Là où il est il y aura assez de monde pour qu'il puisse leur raconter ses péripéties et ses projets restés sans suite sur terre.
Je suis content de savoir qu'il y a aussi de bons moments en hiver en France et que la neige vous apporte des choses qu'il est impossible de trouver ici à Madagascar car le jour où la température descendra en-dessous de 20° en dehors du frigo, les perroquets auront des dents et les crocodiles des plumes.
En ce qui concerne la politique française, je suis content de pouvoir suivre à la télé les histoires de tous ces guignols qui me font bien rire mais je suis un peu frustré tout de même car ils devraient faire des élections tous les ans comme des championnats de foot ou d'autres sports. Il faudra de nouveau attendre cinq ans avant que cela recommence et quand on a largement dépassé la soixantaine, on sait qu'on ne verra plus si souvent cet étalage de promesses impossibles à tenir mais qui font tant rêver qu'on est prêt à prendre de son temps pour aller mettre un bout de papier dans une boîte afin que ces énarques puissent nous tondre comme des moutons de Panurge qui suivaient aveuglément le mouton meneur du troupeau. Mais ce n'est que l'avis d'un expatrié un peu fou qui est bien content tout de même de pouvoir profiter de sa retraite qui vient tout droit de France...
En ce qui concerne les engagements des uns et des autres à Berviller, je reste persuadé que ceux qui s'investissent le font peut-être un peu aussi pour marquer leur passage au village et qu'un jour on dira d'eux:" Au moins celui là il s'est investi pour le bien de tous et il a mérité qu'on se souvienne de lui". J'en ai connu un comme-ça. C'est à coups de bâton sur les fesses qu'il m'a fait rentrer le calcul et surtout la langue française entre autres dans le crâne et je ne peux que l'en remercier maintenant car quand on ne sait pas faire la différence entre le mot oui et le mot non à l'âge de six ans et que quelques années plus tard on pourrait écrire un bouquin si on le voulait, on le doit bien à une personne qui pensait aux autres avant de penser à soi. Cette personne de grande valeur était notre instituteur et il savait manier beaucoup mieux le bâton à bon escient qu'un certain curé de la même époque et qui ne nous a rien apporté de bon et qui n'était même pas capable de bien viser en lançant son "schtock" à travers la classe pour essayer de me toucher à la tête pendant qu'un autre élève devant moi dessinait un avion à réaction pour illustrer le journal scolaire: "L"hirondelle".
Ben voilà! Il est de nouveau 9h passé et je n'ai encore rien fais de la journée à part pianoter sur le clavier de l'ordinateur. Un jour mes doigts seront tellement usés qu'ils ne seront plus assez long pour me permettre de fourrer un doigt dans le nez à force de pianoter.
Si toi ou d'autres personnes désirent venir tenter l'aventure à Madagascar, elles seront les bienvenues car la chambre d'amis est prête et au besoin j'ai également une mezzanine avec de la place pour une demi-douzaine de personnes dont quatre petits lits et un grand lit double. Mais ici il n'y a pas de problèmes car il est possible de trouver le gîte et le couvert pour trois fois moins que rien.
Cette fois je te joins une image d'une fleur dont je ne connais pas le nom mais qui se conjugue dans différentes couleurs autour de la maison et qu'il est très facile de bouturer pour les multiplier à volonté.
Je vais donc terminer ce petit mot en te chargeant de transmettre mes meilleures pensées à toutes nos connaissances.

Gaston

message du 13 mars 2012

Bonjour à tous,
Je vous adresse une vue panoramique de 360° de ma nouvelle propriété située sur la côte Est de Madagascar entre le fougueux océan indien et à un jet de pierre du canal des Pangalanes qui s'étire le long de l'océan sur 665 km. Ce canal qui relie les différentes zones humides et lacs a été creusé pendant la colonisation française pour servir de voie de communication.

En ce qui concerne la photo panoramique de 360° vous pouvez y découvrir ma chaumière à colombages et les méfaits de « Giovana » la furie qui avec une vitesse de plus de 200 km/h à ébouriffé ma chaumière et naturellement a fait pencher dangereusement le grand eucalyptus sans compter que vous pourrez aisément découvrir dans quelle direction ce cyclone s'est dirigé car certains arbres sont totalement effeuillés d'un côté. Les jeunes cocotiers qui bordent l'allée qui mène au lac n'ont pas trop soufferts des effets des vents violents, pas plus que ma plantation d'ananas ni les agaves arborescentes ou les orchidées épiphytes mais par contre les frangipaniers dont on voit deux jeunes plants, les bougainvilliers et autres jacarandas ont perdu toutes leurs feuilles qui ont été remplacées par de nouvelles feuilles en l'espace de quelques jours.
A côté de la maison se trouve ma flottille de véhicules dont un buggy à blocage de différentiel sur les 4 roues et la Toyota Fortuner de 3L également avec blocage de différentiel que j'utilise principalement pour des grands déplacements car ici, il y a encore des « routes nationales » où on ne trouve pas une once de bitume et sous cette appellation pompeuse on ne trouve simplement que des pistes en terre avec de nombreuses ornières et parfois on s'enfonce tellement qu'il faut obligatoirement un blocage de différentiel sur les 4 roues pour espérer passer les obstacles. Le fourgon jaune ne m'appartient pas.
C'est simplement l'ancien propriétaire de la maison qui m'a laissé la voiture en garde le temps qu'il aille se faire soigner sa prostate en France.

La palissade de trois cents mètres qui entoure la propriété est faite de rondins et d'une espèce de bruyère assez grande qui peut parfois dépasser la taille d'un homme. Bien évidemment elle a un peu souffert également sous la force des bourrasques de vent.

En ce qui concerne la cabane de l'ex-gardien, elle a subit des dommages apparents car les murs composé de pétioles de Ravinala sec appelées « falafa » n'ont pas résistés et une partie du toit composé de feuilles de Ravinala (arbre du voyageur) s'est envolé également. De toutes façons cette cabane était destinée à être démontée et remontée cent mètres plus loin le long de la piste pour servir d'abri aux policiers de faction. C'est ma b.a. de l'année. En effet les policiers doivent changer de place plusieurs fois dans la journée pour rechercher un peu d'ombre ici au pays où le soleil accable de ses rayons ardents ces agents somnolents.

On peut distinguer nettement sur la photo le puits sur lequel j'ai posé ma pompe électrique et que j'ai volontairement muré pour la dérober aux yeux indiscrets. Dans un an, la végétation luxuriante aura caché cette construction qui fait une tache dans la verdure. Le château d'eau, les trois garages ainsi que l'atelier en construction sont cachés par la maison.

J'ai également une cinquantaine de pieds de piments cachés dans la végétation qui fructifient à volonté et dont les fruits rouges et minuscules vous piquent atrocement la langue avant de faire passer leur feu par votre nez et enfin finir en larmes dans les yeux.
La vingtaines de plants d'agrumes dont des orangers, mandariniers,citronniers et pamplemoussiers n'ont pas trop souffert par le cyclone et je pense que je pourrai savourer leurs fruits gorgés de soleil dans moins de trois à quatre ans car ici la végétation pousse comme les champignons.

Sur la seconde photo panoramique à 120° se trouve mon ami Pierre, un entomologiste éminent qui a l'intention de prendre une retraite anticipée dans quelques mois pour venir s'établir définitivement ici à Madagascar car il est tombé amoureux d'un pays où l'endémisme est roi.
Bien sûr ma cuisine n'est pas encore totalement installée comme je le voudrai mais petit à petit l'oiseau construit son nid.

Bon ! Je vous laisse en espérant pouvoir vous envoyer bientôt des photos plus colorées car ici c'est l'été toute l'année et la floraison est continuelle.

Message de gaston du 16/01/2012

Gaston s'est installé à Madagascar et nous raconte, avec beaucoup de talent, ses avatars dans ce pays. Vous trouverez également sur son site de nombreuses et intéressantes photos. Il suffit de cliquer sur le lien pour lui rendre visite : http://my.opera.com/Gaston2008/blog/

J'espère que tout baigne là bas dans le plus beau village de France où malgré tout, je suppose que la baignade n'est pas recommandée en cette saison.
Pour ma part, je peux me baigner toute l'année car l'eau est toujours à une température idéale. Que ce soit dans l'océan indien distant d'environs 500m, dans le canal des Pangalanes qui s'étend sur plus de 400km le long de la côte Est et qui n'est qu'à un jet de pierre de chez moi, ou encore dans les nombreux lacs environnants, si ce n'est dans le fleuve qui trouve son embouchure à quelques encablures de ma nouvelle demeure.

J'ai bien avancé dans mes travaux car j'ai laissé faire une clôture avec des poteaux et de la bruyère. Cette clôture fait environs deux mètres de haut sur 300m de long, entourant ainsi ma nouvelle propriété pour éviter que les chiens errants ne viennent arroser mes fleurs ou mes jeunes arbres de fruits exotiques. J'ai également fait creuser un nouveau puits en aval du terrain ce qui me permet de pomper une eau bien claire contrairement au puits existant dont l'eau avait une couleur jaunâtre pas très engageante. Ceci est dû à la couche de terre de bruyère qui recouvre le sable blanc. Je suis d'autant plus satisfait que maintenant je ne suis plus obligé de produire moi-même mon électricité car je suis relié au réseau électrique et je peux à loisir regarder ce qui se passe dans le monde entier grâce à un abonnement satellite avec plus d'une centaine de chaînes françaises ou francophones. J'ai bien sûr gardé quelques panneaux solaires ainsi que mon grand frigo-congélateur à pétrole en cas de coupures de courant.

Si les bervillerois ont la chance de vivre dans le plus beau village de France, je considère pour ma part que j'ai la joie de vivre dans le paradis des retraités qui n'ont pas à s'inquiéter des rhumatismes, des grippes ou autres cancers des pays industrialisés et pollués dont les moindres fruits ou légumes sont traités, non pas pour être bons, mais beaux. Ici les bananes, carottes ou autres fruits et légumes ne se conservent pas plus de deux ou trois jours car ils sont naturels et ne sont pas ionisés (irradiés pour retarder le mûrissement), ils ne sont pas colorés dont l'absorption n'est pas toujours sans conséquences pour la santé. Je ne parlerai pas des engrais chimiques, des pesticides insecticides, raccourcisseurs de blé qui sont indispensables dans une agriculture "moderne" et j'en passe et des meilleures. Ici, les cultures sont laissés au bons soins de dame nature car les producteurs n'ont pas les moyens de s'offrir autre chose que des engrais naturels pour amender leurs champs et les traitements sont inexistants. Même ceux qui font de l'élevage ne peuvent pas payer les vaccins qui pourraient prévenir les épidémies. Ainsi dernièrement il y a eu une épidémie de peste du poulet qui n'est pas dangereuse pour l'homme mais qui a décimé de nombreux élevages.

Tout cela pour dire que j'ai retrouvé au fond de mes cartons une photo jaunie des élèves de Berviller et le jeu consiste à reconnaître nos aïeux qui ne connaissaient pas les produits chimiques. Je pense qu'il s'agit de la maison des Bour dont ma mère me parlait souvent et qui est la propriété actuelle de Marie Thérèse Kieffer.
Amicales pensées à toute la population du plus beau village de France et de Navarre.

Gaston Thiel du moulin de Felschling nous donne de ses nouvelles

Gaston s'est installé à Madagascar et nous raconte, avec beaucoup de talent, ses avatars dans ce pays. Vous trouverez également sur son site de nombreuses et intéressantes photos. Il suffit de cliquer sur le lien pour lui rendre visite : http://my.opera.com/Gaston2008/blog/

LES DERNIÈRES NOUVELLES DE GASTON : Mail du 18/10/2011

Voici quelques nouvelles de la brousse malgache. Ici tout va pour le mieux et après avoir eu une vilaine attaque de paludisme qui a été totalement éradiquée en 3 jours grâce à une gentille doctoresse d'une grande ville de la côte est où je me suis rendu quand je me suis aperçu que j'étais toujours fatigué et que je perdais mon bel appétit. Quand elle venait me poser le goutte à goutte à mon hôtel elle me faisait la bise et après trois jours cloîtré sur le balcon de mon hôtel devant mon ordinateur, j'ai enfin été libéré et j'ai retrouvé un appétit d'ogre.

De retour dans la brousse, j'ai repris mes activités ordinaires qui consistent à trouver du travail pour mes 3 ouvriers qui commençaient à s'ennuyer ferme.

J'ai rencontré un voisin qui habite à environs huit km de chez moi et qui veut vendre son petit château tout neuf qu'il vient de terminer pour la modeste somme de 50 000€. Mais comme c'est la coutume ici de marchander, j'ai offert 30 000€. Je le laisse réfléchir car c'est un producteur d'épices et si la récolte de girofle est aussi bonne qu'il l'espère, soit 1,5 t pour sa production, il pourra subsister quelques mois en attendant la récolte de poivre, baies roses, café ou autres. Si les récoltes sont mauvaises, il sera obligé de vendre sa case car il a des problèmes de prostate et veut aller se faire soigner en France. Mais comme il ne cotise dans aucune caisse il sera obligé de prendre en charge ses frais médicaux. J'ai calculé que si ses récoltes sont optimales, il pourra compter sur un revenu mensuel moyen de 1000€ brut sans compter les frais de transport etc.

Plutôt que de laisser dormir mon argent sur un compte en France, il serait peut-être plus judicieux de l'investir dans la pierre. Surtout que son petit château est totalement fait en granit avec un toit en chaume et un grand terrain autour. L'intérieur est déjà meublé et le sol est en mosaïque dans l'entrée avec des pierres du pays et le reste est en tomettes. Sauf la salle de bain qui est en carrelage. J'ai bien envie de m'offrir cette bâtisse car elle me fait penser un peu au vieux moulin qui était le mien de par ces pierres taillées à la main et ses nombreuses poutres. Sauf que les pierres d'ici sont en granit et les poutres en eucalyptus.

Je pense que les mauvais jours à venir vous font jeter l'argent par la cheminée car il est improbable de passer un hiver sans chauffage dans le plus beau village de France...

Ici il recommence à pleuvoir la nuit et la journée est toujours ensoleillée. J'ai repris moi aussi mes plantations avec une cinquantaine d'ananas qui sont en bonne voie de mûrissement. Quand j'aurai le temps je m'occuperai aussi de récolter de la cannelle car je possède une dizaine d'arbres adultes et comme le producteur d'épices m'a révélé le secret de la pollinisation de la vanille qui est en fleur actuellement, je compte récolter ces gousses bientôt. Ici avec la chaleur et l'humidité de la nuit la végétation est au comble du bonheur et certaines plantes ne demandent que quelques mois pour atteindre leur période de production. Ainsi des fruits inconnus en France (Gaves et Goyaves) produisent plusieurs fois dans l'année des fruits. Sur la vingtaine de bananiers que j'ai planté, le premier donne déjà un gros régime dont je vais me régaler dès qu'ils seront mûrs. Tous ces fruits sont garantis sans pesticides, sans fongicides sans traitements de conservation et autres agents cancérigènes. Les seuls engrais sont issus de mon terreau naturel lui aussi car il est composé de restes de fruits et légumes non traités.

De temps en temps j'envoie mes ouvriers en quête de bouse de zébu séchée afin d'amender le sol qui est très pauvre car composé principalement de sable de la mer toute proche.

Je vais terminer ici mon verbiage car les ouvriers ont accompli leurs tâches et je vais être obligé d'en chercher d'autres pour eux afin qu'ils ne s'ennuient pas.

Si tu peux transmettre mes cordiales salutations à toutes mes connaissances, cela me ferait plaisir.