Libération de Berviller : le rescapé du moulin

Peu de Bervillerois se souviennent de la libération du village par les Américains et moins encore de leur arrivée au moulin de Felschling. Pourtant celle-ci vaut vraiment la peine d'être racontée.

Dans le paragraphe ci dessous, je vous contais, il y a un an, la libération de Berviller d'après les souvenirs de M. Roger Bausch. Les soldats américains sont entrés dans le village le 28 novembre 1944 sans subir de perte. Les Allemands l'avaient abandonné sur les conseils des anciens qui leur avaient servi un bon repas et quantité de verres de vin et de schnaps la veille. Cependant, au moulin de Felschling, situé à 1 km de la commune, trois soldats allemands qui n'ont pas voulu se rendre malgré les conseils du meunier, ont été abattus pendant leur fuite.

Il y a une quinzaine de jours, M. Gaston Thiel, le dernier propriétaire du moulin, aujourd'hui habitant à Madagascar, envoyait à M. Hoen le mail suivant : « Je viens de relire ton texte sur la libération de Berviller. Les évènements qui y son relatés concernant l'arrivée des Américains au moulin de Felschling sont exactes mais incomplets ; il y manque la plus belle partie que je vais te raconter ci-dessous. »

« Quatre soldats allemands étaient attablés dans la pièce commune du moulin et mon oncle Adolphe Contelly qui leur avait conseillé de partir avant l'arrivée imminente des Américains, sortait le fumier de l'étable voisine. C'est alors qu'il aperçoit les soldats US qui déscendent du lieu dit "auf Mess". Il laisse aussitôt sa fourche et sa brouette et court prévenir les Allemands et leur demande de quitter le moulin de peur de le voir bombardé par les Yankees. Les soldats du Reich se sont aussitôt précipités dehors où ils ont été cueillis par des tirs nourris entre la maison d'habitation et les écuries. Trois d'entre eux ont été abattus tout près du moulin. Le quatrième, n'osant sortir, a demandé à mon oncle s'il n'y avait pas une ouverture sur l'arrière. Adolphe lui a donc ouvert le volet de la pièce où se trouvaient les meules et qui donne sur le pont de la Weissbach. Le soldat a donc quitté le moulin vers l'arrière et a réussi à courir jusqu'au ruisseau puis à remonter son cours. C'est là que Adolphe l'a perdu de vue. »

«Tu te demanderas comment je suis au courant de ces faits ? Au début des années 80, alors que j'emménageais au moulin avec ma famille, une voiture s'arrêta et le chauffeur demanda, en allemand, à parler au cultivateur qui habitait le moulin pendant la guerre. Je lui expliquais que mon oncle était décédé depuis de nombreuses années. Il m'expliqua alors qu'il était venu pour le remercier de lui avoir sauvé la vie le 28 novembre 1944 et il se mit à me raconter l'histoire du quatrième soldat rescapé du moulin. »

La libération de Berviller : 28 novembre 1944

Le départ des Allemands

Il est 9 heures et tout le monde est encore dans les caves voûtées. C'est là qu'on passe les nuits et même les journées à la moindre alerte. Le bruit courait que les Américains n'étaient pas loin depuis que les derniers soldats allemands qui devaient défendre le village avaient abandonné leurs postes. La veille, quelques anciens leur avaient concocté un bon repas et servi quantité de verres de vin et de " schnaps " avant de leur conseiller de se rendre ou de quitter le village avant l'arrivée des " Yankees ". Tôt le matin, ils étaient partis en direction de la forêt du Jungenwald.

L'arrivée des Américains

Un grondement de moteur inhabituel accompagné d'un cliquetis métallique nous attire à l'extérieur avec beaucoup de prudence. C'est un char Shermann qui précède un groupe de fantassins progressant de part et d'autre de la rue, le fusil des uns dirigé vers les fenêtres des étages et les lucarnes, les autres visant les caves et les soupiraux. Nous avons réussi à leur faire comprendre que les Allemands étaient partis et qu'il n'en restait plus un seul dans le village. Malgré cela, ils ont continué à progresser jusqu'à la forêt du Jungenwald. Ils sont revenus avec le groupe de soldats allemands qui étaient partis le matin et qui s'étaient sans doute rendus car aucun coup de feu n'avait été tiré. C'est dans la grange de Monsieur Pierre Folschveiller qu'ils ont subi un interrogatoire avant d'être internés. C'est donc grâce aux anciens que les Américains n'ont subi aucune perte pour libérer Berviller. Cependant, au moulin de Felschling, trois soldats allemands qui n'ont pas voulu se rendre malgré les conseils du meunier, ont été abattus pendant leur fuite.
À peine arrivé au village, nos libérateurs ont réquisitionné des chambres dans toutes les maisons et se sont installés pour passer l'hiver. Les combats le long de la frontière étaient durs car les Allemands défendaient âprement leurs frontières.

Souvenirs d'écoliers

Le 28 novembre 1948, Mathilde Hamann (10 ans) écrivait dans le cahier-journal de l'école : Aujourd'hui nous fêtons l'anniversaire de la libération. Le 28 novembre 1944 les Américains sont venus. Les uns, le fusil dirigé à terre, les autres en l'air. Ils regardaient dans les coins pour voir s'il n'y avait plus d'Allemands. Chaque pas qu'ils faisaient pouvait être le pas de leur mort. Bientôt après les guerriers vinrent les tanks, canons prêts à tirer. Quand ils arrivèrent sur le Sauberg, ils commencèrent à tirer de tous les côtés. Vivent nos libérateurs !

Dans le journal de l'école " L'HIRONDELLE " N° 3 de décembre 1949, nous trouvons le texte de Martin Zenner (13 ans). Le temps passe, le souvenir reste. 28 novembre 1949 ! Cinq longues années se sont écoulées depuis la libération de notre village. Et pourtant il nous semble que c'était hier, tant le souvenir de ce matin d'automne demeure vivant. Il est 9 heures. Tous les gens sont dans les caves. Tout à coup j'aperçois des soldats habillés de jaune. Nous nous hasardons dehors. Ce sont des Russes, dit notre voisin. Les voilà qui s'approchent ; ils crient : " Madame, madame, América, chocolat et gum-ball, América, América ! " Cela je ne l'oublierai jamais. Vivent nos libérateurs !

Et pendant la guerre de 14-18 ?

         Il y a quelques jours,  j'ai reçu le message suivant de Véronique Wilhelm et après l'avoir lu, je me suis dit qu'il serait intéressant de connaître un peu mieux cette période de l'histoire de Berviller. Aussi, si certains d'entre vous possèdent des documents datant des années 1871 à 1918, pendant lesquelles l'Alsace-Moselle était allemande, je serais heureux de pouvoir les consulter ou les scanner.

Bonsoir Eugène,
 Je suis avec plaisir ton site sur Berviller, et c'est en étant loin que l'on se rend compte combien son village natal est merveilleux et peux revigorer après un coup de mou. Merci beaucoup de partager ainsi les nouveautés ou au contraire le bon vieux temps.
En parlant de "bon vieux temps" je me demandais justement comment s'est comporté Berviller et ses habitants lors de la première guerre mondiale. Je connais à peu près l'histoire de la seconde grâce aux récits des anciens, mais hélas je ne sais rien de la première. Peut-être suis je la seule à me poser cette question mais je dois dire qu'en cette période de centenaire elle me revient de plus en plus souvent.
Peux-tu m'aider ? Amicalement et "Schenen Gruss" de l'Aisne.

Pour en apprendre un peu sur Berviller pendant la période de la guerre 14-18, il faut savoir que notre commune, comme toute l'Alsace-Moselle, faisait partie de l'Empire allemand depuis 1871. Les jeunes gens du village, tombés pendant la guerre de 14-18 et dont le nom figure sur le monument aux morts, faisaient donc partie de l'armée allemande et sont donc morts pour le "Vaterland" et le "Kaiser". Ceci est sans doute la raison pour laquelle on a inscrit sur le monument "A NOS MORTS" et non "MORTS POUR LA FRANCE".
Vous trouverez ci-dessous des copies du verso des images pieuses qu'on faisait imprimer et qu'on distribuait après l'enterrement des personnes décédées. Ces images m'ont été remises par Gérard Bur de Villing qui les a trouvées dans la maison de son oncle "Herrgotts Peter" de Berviller avant la vente de sa maison.


Traduction des parties centrales des images

Peter Zenner, du 34e régiment de fusilier est décédé le 30 novembre 1914 en combattant pour la patrie pendant la grande bataille de Pologne à l'âge de 28 ans.
Pierre Theobaldest décédé le 4 août 1918 d'une maladie contractée sur le champ de bataille, muni du sacrement de l'extrême-onction, à l'âge de 46 ans.
Peter Haascaporal du 252e régiment d'infanterie,détenteur de la croix de guerre de II. classe, est mort en héros pour la patrie le 19 octobre 1918, à l'âge de 25 ans, après avoir rempli fidèlement son devoir pendant 4 ans.

L'Alsace-Moselle de 1870 à 1918 et après

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