Cette étude a été réalisée par G. THIEL
et publiée dans les ca hiers de la Nied en 1988

SOURCES :

  • Registre paroissial du curé Pierre Juncker.
  • Verronnais 1844.
  • Carte géologique du bureau de recherches géologiques et minières.
  • Archives d'enregistrement de l'état civil de Berviller.

L'ÉTUDE DES ACTES PAROISSIAUX

L'étude des actes paroissiaux de Berviller-en-Moselle pour la période de l'Abbé Pierre Juncker (de 1765 à 193) donne un total de 460 naissances, ce qui fait une moyenne de 16,42 naissances par an et 317 décès donnant une mortalité moyenne annuelle de 11,32.
Nous pouvons constater une augmentation sensible des naissances pour l'année 1787 durant laquelle 33 naissances sont enregistrées. Six ans plus tard, comme pour contrebalancer cette année féconde, nous relevons 38 cas de mortalité pour la seule année 1793, ce qui donne une moyenne mensuelle de 3,16 cas.
Cette étude démographique fournit également d'intéressants renseignements sur les inégalités existantes dans la communauté de ce petit village. Ces inégalités peuvent surgir dès la naissance et persistent même parfois après la mort. Cette étude conduit également à une meilleure connaissance des occupations professionnelles durant cette période et nous essayerons de mettre en évidence la relation d'un certain nombre d'entre elles avec la géologie du ban de la commune.

Les enfants naturels

La communauté de cette époque n'est pas tendre pour les enfants naturels. Pour ne pas "salir" un nom de famille existant, une seule solution s'impose : attribuer un nom patronymique inédit à l'enfant ainsi qu'en témoignent ces quatre actes successifs :

  • Naissance en 1754 de Jean Nicolas, enfant naturel de Barbe Grün.
  • Mariage de 1786 de Jean Nicolas B'arb , fils naturel de Barbe Grün.
  • Naissance en 1787 de Jean Barb, fils légitime de Jean Nicolas Barb.
  • Naissance en 1793 de Barbe Barb, fille légitime de Jean Nicolas Barb.

Lorsqu'un enfant naturel naissait mort il était enregistré en ces termes fort sévères :

- "En 1788, le 4 août est mort l'enfant naturel ; ou mieux ; est accouchée Catherine Avelin, fille majeure d'un enfant sorti mort de son sein, sans avoir été baptisé ni ondoyé".

Après récidive, l'inscription dans les registres fut faite ainsi :

- "En 1789, était accouchée d'un enfant naturel Catherine Avelin assistée de la matrone d'Ittersdorf et d'autres femmes.
Enterré à côté du cimetière".

Les enfants légitimes

Par contre, le curé témoigne d'un grand égard pour les enfants légitimes :

- "Freistroffer Suzanne 1753 - 1776, épouse de Jean Lorrain, étant enceinte des cinq mois et demi, on a fait heureusement la section pour secourir l'enfant que j'ai baptisé vivant encore moins d'un quart d'heure. Les corps de la mère et d e l'enfant ont été inhumés le lendemain premier jour de mars.

Cet égard frisait parfois le ridicule comme dans cet acte de décès du fils d'un tailleur d'habits :

- "Hargay Jean 1755 - 1774, fils légitime de Hargay Jean et Anne Catherine Grün. Mort in odore sanctitatis (mort en odeur de sainteté).

Inhumation à l'intérieur de l'église

Pour les élever à un rang honorifique, entre 1750 et 1774, une quinzaine de paroissiens ont été inhumés à l'intérieur de l'église St Fiacre de Berviller dont :

- "Keller Suzanne morte en 1768, tante de Pierre Juncker prêtre à Berviller. Son corps a été inhumé devant l'autel de la vierge dans l'église à côté de la tante paternelle et vis à vis du père de Pierre Juncker".

  • "Ritz Marguerite morte en 1773, soeur à. M. Ritz vicaire à Freibouse et ma cousine germaine, vierge, agée de 41 ans, fille légitime de Jean Geoges Ritz, ancien maître d'école à Berviller et de Suzanne Keller, tante maternelle de Pierre Juncker. Son corps a été inhumé dans l'église devant la balustrade".
  • "Kieffer François mort en 1777, son corps a été inhumé dans la nef de l'église en entrant à droite, proche le mur".
  • "Weicher Maguerite morte en 1774, épouse de Jean Folschweiller en 1ère noces et de Henry Haas en 2ème noces. Son corps a été inhumé dans la nef de l'église en entrant".

Mort de plusieurs soldats et observations peu ordinaires

A cette époque la commune a également payé son tribut à la France par la mort de plusieurs de ses fils, tels ces deux exemples :

- "Schun François, soldat de la garde française, mort à Paris en 1788".

  • "En 1778 est mort à Paris, Jacob Capitain, 20 ans, fils légitime de Jean Capitain et Marie Schun. Soldat au régiment des gardes françaises, compagnie de Pierre Vert".

Les actes contiennent aussi des observations peu ordinaires, prêtant à équivoque. Ces commentaires voudraient-ils marquer un certain humour ou une simple constatation ?

  • "Antonmayer Jacques mort en 1775, manoeuvre, époux de Anne Barbe Hargay en 2ème noces, ayant encore des enfants mineurs à l'âge de 94 ans".

Prénoms peu usuels

Au fil des pages d'archives, quelques prénoms peu usuels de nos jours retiennent l'attention et ressortent comme autant de rayons de soleil de l'interminable liste des prénoms communs et répétés :

  • 1769 Appollonia Pluntz
  • 1775 Wendelinus Seebach
  • 1790 Marie Rose Pétronille Löw
  • 1793 Fidlis Bach
  • 1785 Jeanne Marie Jeanbill.

Les classes sociales

En cette fin du XVIIIème siècle, la communauté du village se divise en plusieurs classes sociales définies par le métier des chefs de famille.

La classe la plus influente et la plus respectée se compose du curé, avec qui les seigneurs temporels du lieu, les barons de Hausen et d'Aar partagent les grosses et menues dîmes. Le régent d'école prend à partir de cette époque une certaine importance car, avec le curé, il est le seul à maîtriser l'écriture, et, en tant que témoin, il signe de nombreux actes paroissiaux. En plus des personnes déjà citées, l'échevin d'église, appelé également receveur synodal de l'église, ainsi que la matrone, sont très respectés.

Les propriétaires terriens ou laboureurs sont les plus aisés, car si les produits subvenant aux besoins alimentaires du village dépendent des conditions climatiques et des guerres, ils restent néanmoins le fruit de leur travail.

Les prestataires de services, artisans et ouvriers spécialisés sont assez nombreux et variés dans leurs fonctions respectives qui se développent selon les besoins du moment et les matières premières à exploiter.

Hors leur qualification très aléatoire, les journaliers, manoeuvres ou valets, qui forment la classe la plus importante par leur nombre, sont employés par les propriétaires terriens, laboureurs ou artisans. Il arrive que les manoeuvres se spécialisent dans un métier, ou encore accèdent à la propriété d'un train de charrue, ce qui leur confère une promotion sociale. Nous retiendrons le cas de Jean Folschweiller que nous trouvons sous les qualifications de manoeuvre, puis de laboureur et enfin de meunier.

Certains métiers sont liés à la géologie du ban

Le village est situé à la frontière du "Gau", terre riche et grasse par définition et du "Greiis", terre sablonneuse à Ph élevé du Warndt. Le nombre élevé de laboureurs prouve que la nature des sols favorise l'agriculture, et la variation de ces sols est propice à la polyculture. Ainsi le long de la Weissbach sur une largeur d'environ 100 m, les alluvions récentes fournissent, entre autres, "le Grooumet des Heefen et de la Gouanne" (1) qui "faisait pisser du lait à nos vaches" comme le dit si bien un amoureux de la nature de Berviller.

Dans le grès vosgien principal, véritable couche géologique qui se situe à Berviller entre plus ou moins 0 et 220 mètres au-dessus du niveau de la mer, différentes carrières témoignent de l'utilisation par les nombreux maçons de cette époque de ce sable rouge-brunâtre qui, mélangé à de la chaux, forme un mortier durcissant à l'air. On retrouve ce mortier dans différentes constructions du passé.

Dans ce grès, deux mineurs creusent également des mines de fer, d'où est extraite la limonite qui se présente sous forme d'oxydes de fer en plaques et qui est destinée à la fonderie de Creutzwald où d'ailleurs travaille un fondeur de forge habitant à Berviller. Cette exploitation minière ne semble pas très importante car Henry Stang étant inscrit dans les actes paroissiaux en 1774 comme mineur à Berviller, est enregistré comme
manoeuvre en 1777 puis de nouveau mineur sans précisions. Par contre, Jean Georges Stang est signalé avec le métier de mineur à la mine de Creutzwald dès 1768 et en 1777 sa situation n'a pas changé.

Les couches du conglomérat principal et les grès intermédiaires, respectivement de plus ou moins 5 mètres et de 20 à 35 mètres de puissance n'ont pas laissé de traces d'exploitations pratiques.

Il reste plusieurs blocs de grès à Volzia qui bordent encore partiellement le fossé qui se situe dans le prolongement du canal, et en amont de l'écluse du moulin de Felschling. Ce grès taillé par les différents tailleurs de pierres et ripiers qui sont bien représentés par leur nombre, sert à la production de linteaux pour portes et fenêtres, de pierres d'angles ou de soubassements aux bâtiments. Deux carrières, vestiges d'une exploitation
de pierres de tailles sont encore visibles aujourd'hui. Parfois des maçons changent d'activité et ils deviennent tailleurs de pierres. L'exploitation de ce grès cesse au début du XXeme siècle.

Toutes les couches géologiques ne trouvent pas d'intérêt pratique car, les grès coquilliers ne laissent pas apparaître de trace d'exploitation autre que la culture en surface.

Rien ne nous laisse supposer que les habitants de la commune participent à l'exploitation de lentilles de gypse exploitées dans le passé, notamment entre Bérus et Berviller du côté allemand dans la couche du groupe de l'anhydrite (Mittlerer-Muschelkalk). Cette couche s'étend également sur le ban de Berviller.

(1) - Le regain fauché aux lieux-dits les Heefen et la Gouanne.

La pierre calcaire

La pierre calcaire, ou calcaire à entroques, fournit aux nombreux tailleurs de pierres, ripiers et maçons la pierre qui sert à la construction des murs. La production de ces pierres est fonction de la demande et s'arrête dans les années 1950 avec l'arrivée sur le marché de matériaux de construction préfabriqués.

Les deux couches les plus élevées, la couche à cératites qui renferme de nombreux fossiles au sens large du mot et la couche de dolomie inférieure se trouvent être le sommet des couches à cératites ainsi que le point le plus élevé du ban. Cette zone très caillouteuse avec des îlots de haies d'épines noires, doit à cette époque être envahie par cet arbuste épineux, appelé également prunelier, qui finalement est effacé du paysage par l'agriculture industrielle et le remembrement.

Tous ces métiers liés directement aux sols et aux sous-sols ne sont aujourd'hui pour la plupart qu'un souvenir. La Révolution après cette période apporte un progrès social et pour la première fois dans l'histoire de la commune, les habitants ne sont plus obligés de travailler pour le seigneur temporel du lieu qui partage les richesses avec le clergé. La position des curés devient plus précaire avec des interruptions d'exercice. C'est également à cette époque que les meyers (maires) font leur apparition, et le statut des instituteurs est valorisé avec des charges communales plus importantes.

Activités professionnelles à Berviller entre 1765 et 1793

  • Curé 1
  • Tailleur de pierres 4
  • Maître d'école 2
  • Maçon 12
  • Meunier 5
  • Ripier 5
  • Sage-femme 1
  • Tailleur d'habits 7
  • Laboureur 32
  • Tisserand 10
  • Maréchal Ferrant 3
  • Fileur de laine 2



  • Charron 1
  • Berger 2
  • Menuisier 1
  • Pâtre 1
  • Charpentier 1
  • Cordonnier 10
  • Tonnelier 4 Soldat 3
  • Mineur 2
  • Manoeuvre 63
  • Fondeur de forge 1
  • Valet 1